Sport

Zitouna sport, un temple du sport, bâillonné et empêché de poursuivre sa mission

Tahar Snoussi, ex-athlète et ex-président de la Zitouna sport lance un cri de détresse en constatant que ce temple du sport est en train de disparaître à cause de l’inconscience des responsables.

Alors que nos jeunes meurent en traversant illégalement la méditerranée, à l’heure où notre jeunesse est livrée au chômage, au désœuvrement, au banditisme, aux drogues sous tous ses aspects, à l’alcool, au braquage allant jusqu’au meurtre…, les responsables ferment les associations sportives.

La Zitouna sport, école de l’éducation et du civisme, bastion du sport, a fermé ses portes. Cette association qui, jadis fut un exemple, une locomotive dans les domaines sportifs et culturels, n’en finit pas d’en baver, victime de la bureaucratie et du laisser-aller des responsables, tous ministères confondus. Pourtant et malgré le manque de moyens, l’école en question accueille toute la jeunesse des quartiers de La Fayette, de Bab El Khadra, El Omrane, Jebel Lahmar et autres quartiers  »chauds » de la capitale.

Généralement, les familles habitant ces localités, peinent à joindre les deux bouts. Elles comptent sur cette association sportive non lucrative pour encadrer leurs progénitures grâce au sport. Aux dernières nouvelles, la porte du club a été carrément verrouillée, laissant le millier de jeunes licenciés livrés à eux-mêmes. Renseignements pris, l’histoire s’avère être une mésentente pécuniaire entre les pouvoirs publics et l’entrepreneur en charge des travaux.

Une querelle de clochers dont la victime se trouve être notre jeunesse. Ce que ces administrateurs ignorent, c’est qu’ils sont en passe de détruire un club mythique, partie intégrante du patrimoine de la Tunisie.

Née lors des plus sombres années du colonialisme, la Zitouna sport a regroupé des militants de la 1ére heure dans le mouvement national. Grâce au sport, son terrain de prédilection, elle a su insuffler un air de liberté et de dignité à une jeunesse tunisienne en proie à une ambiguïté identitaire.

Créée en 1927 par des étudiants de la Grande mosquée de Tunis (Jemaa Ezzitouna), les fondateurs du club optèrent alors pour les sports autres que le football, complétant ainsi les deux équipes autochtones qui l’avaient déjà précédée, à savoir l’EST et le CA.

Cette démarche structurelle a toujours été scrupuleusement respectée par les générations à venir. Avant-gardiste, la Z.S a été le fer de lance du sport féminin, dans un environnement essentiellement masculin. 1947 fut l’année où la Z.S créera la première équipe féminine de basket-ball du monde musulman.

Malgré la grande fierté des nationalistes de l’époque, cela suscitera un climat de tension auprès des réactionnaires. Dans la même année, Frida Klibi a été la première musulmane à signer une licence d’athlétisme.

Ces valeurs identitaires avant-gardistes coulaient de source dans la mentalité zitounienne bien avant l’indépendance du pays. Désirant maintenir en permanence le contact avec la jeunesse autochtone, briser certains tabous et démocratiser le sport dans le tissu social, les dirigeants se battirent farouchement afin d’inscrire la ZS sur les tablettes du sport civil de la régence.

Narguant les autorités coloniales, les dirigeants de la ZS avaient opté pour un maillot de club rouge, arborant un croissant-étoile sur la poitrine, identique à l’actuel maillot des équipes nationales tunisiennes. Cette témérité avait valu aux Zitouniens des tracas de la part de l’administration coloniale, qui n’hésita pas à les déloger pour une raison ou une autre.

Le club a toujours cherché à ratisser large auprès de la jeunesse autochtone. L’objectif des dirigeants était de disposer d’installations décentes et toujours plus grandes pour accueillir le maximum de jeunes, les arrachant ainsi à l’endoctrinement pro-colonial. A chaque fois que le club était délogé de ses bases, il s’adaptait pour s’installer dans des conditions meilleures.

Un événement allait démontrer la détermination patriotique de nos basketteuses au tournoi amical d’Hammam-Lif en 1948. Avant la compétition, le président du CSHL, un Français colonialiste notoire, avait omis de hisser le drapeau national, les joueuses tunisiennes refusèrent catégoriquement de jouer avant que celui-ci ne flottât. Ce qui fut fait.

Une victoire pour le Mouvement National Tunisien. Malgré des difficultés faites par les autorités coloniales, la ténacité des dirigeants de la ZS avait prévalu. Le nombre de licenciés avait décuplé. Outre le sport, on inculquait aux jeunes un esprit «zitounien», oui! La ZS est désormais une institution incontournable! On y enseignait l’amitié, la combativité, la tolérance, la persévérance, la confiance, le don de soi, l’ardeur au travail, la ponctualité, l’équité et l’humilité.

Des terrains de volley-ball, de basket-ball, ainsi qu’une piste d’athlétisme de 220 m virent le jour à la force du poignet des Zitouniens. Ces mêmes installations serviront après l’Indépendance à la jeune République :

1. Au premier match international disputé par l’équipe nationale de basket (contre la Libye).

2. A la première fête de la jeunesse qui eut lieu le 22 mars 1956 et préparée dans ces mêmes installations,

3. A la préparation des Jeux panarabes de Beyrouth. La totalité des athlètes y participant appartenaient à la ZS. L’aménagement de ce complexe sportif a été réalisé grâce à la sueur, à la générosité, ainsi qu’au volontariat des athlètes et des dirigeants de la Z.S.

En 1956, il n’y avait plus d’équipes françaises pour continuer le championnat de handball. Les dirigeants de la ZS, qui comptaient dans leurs rangs des joueurs de valeur, décidèrent de relancer le championnat tunisien en les ventilant sur les autres associations afin de former des équipes de handball. Il fut donc procédé de la manière suivante : Moncef Hajjar fut envoyé à l’EST, Ghallala à El Mansourah d’Hammam-Lif, Lahmadi à l’ASPTT, Hédi Malek au CA.

C’est par conséquent ainsi que le championnat de handball tunisien vit le jour, une fois de plus grâce à l’illustre ZS.

En 1959, Hassib Ben Ammar, secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports de l’époque, reconnaissant envers la ZS, l’installa dans les locaux du Stade Gaulois, situés à l’emplacement de l’actuel siège de la Banque centrale à l’avenue Mohamed V. La ZS était alors le seul club tunisien à avoir des locaux propres et des installations modèles pour l’époque tels qu’un terrain de handball, de basket-ball, de volley-ball, une piste de 200 m,  une salle couverte, de musculation, de jeux, une administration, une buvette, des vestiaires et un logement gardien.

Les années 70 ont été l’âge d’or du club. Forte de ses installations, ainsi que de son encadrement (la seule association sportive à posséder une salle couverte), la Zitouna sport fit exploser les performances, fournissant le gros des athlètes aux équipes nationales.

Le club était incontournable dans les différents championnats. Il jouait les premiers rôles aussi bien dans les sports collectifs qu’individuels. Ses équipes féminines de handball et de basket-ball glanaient tous les titres pendant des décennies. Ces mêmes colonnes ne suffiraient pas à lister les performances réalisées par les jeunes Zitouniens(nes)!

Aujourd’hui ce temple du sport et du fair-play est  »emmuré », bâillonné et empêché de poursuivre sa mission auprès de notre jeunesse. La Z.S a traversé bien des obstacles pendant l’époque coloniale, mais n’a jamais pensé que l’idéal pour lequel elle s’est tant battue, l’empêcherait de poursuivre sa mission.

Tahar Snoussi

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