Billet d'humeur

Vous pouvez zapper Sami Fehri mais il a déjà contaminé les autres chaines

Quand il fut écroué pour ses déboires financiers et ses démêlés avec la justice, après la révolution, beaucoup de Tunisiens, dont moi, se sont solidarisés avec le jeune Sami Fehri, considérant à tort ou à raison, son emprisonnement un acte de vindicte populaire et d’inquisition révolutionnaire excessive et non justifiée.

Nous avions lancé spontanément un hashtag #freesami dans un élan de soutien. Sami Fehri a été relâché des mois après grâce à des avocats virulents, des compromis, ou des arrangements, personne ne le sait. Le plus important c’est que ce garçon est maintenant libre. Libre devant un champs médiatique vide. Devant une liberté d’expression inédite chez nous. Devant une population frustrée dans sa majorité, en manque d’adrénaline et de sensations fortes.

En manque d’excitation après des années de blocus et de privations, Sami Fehri a compris que le Tunisien est un peu voyeur, un peu limité et beaucoup trop accablé. Il lui a servi des plats rassasiants mais hautement toxiques et addictifs. Je ne suis en aucun cas une personne moralisatrice. Et je suis la dernière personne qui vous parlera de code moraux et de coutumes ancestrales. Mais je suis quelqu’un qui aime défendre quelques valeurs universelles comme la dignité et la décence.

Ces deux valeurs bafouées par Fehri dans des émissions affligeantes de bassesse. Des émissions qui dévoilent une tranche de Tunisiens dénués de leurs dignités et qui étalent leurs linges ô combien crasseux sur les plateaux télé, tachant au passage, l’image du Tunisien cultivé et raffiné que les autres pays ont de nous. Fehri a décidé de leur renvoyer l’image d’un Tunisien ignare, drogué, alcoolique, proxénète, avide et cruel. J’imagine la tète des parents qui comme moi essayent de donner une bonne éducation à leurs enfants quand ils leurs demandent plus amples détails sur des notions apprises sur les plateaux des émissions supposées être de divertissement.

« Bas Les Masques » n’est pas exactement une émission à diffuser avant minuit et ne peut en aucun cas cibler une audience de moins de 18 ans : drogue, délinquance, adultère et violence sont servis à nos gamins sans que son animateur au sourire béat ne soit inquiété. Et puis on ne peut pas faire de l’audimat et des sous sur les malheurs des gens. C’est bien de calquer des émissions si vous êtes en mal d’idées mais il fallait aussi calquer leur déontologie.

Les exemples que vous proposez à nos jeunes sont vraiment tristes : une, même pas starlette, écervelée qui vous parle de ses pompes à 3000 euros devant une Tunisie profonde aux pieds nus. Un « Mzeoudi » reconverti qui vous fait la morale de bas étage et des pseudos humoristes qui puisent leurs talents dans un discours de quatre sous mi-vulgaire mi-ridicule. Des crêpages de chignons en direct, des règlements de comptes dignes de voyous et de la culture underground déformée en une culture underdog ..

Sami Fehri n’est pas né des dernières pluies. Ce n’est pas un outsider du show business. Il connait ce qui est vendeur et il sait le transformer en bénéfice. Toujours est-il, il reste responsable en partie de l’éducation de nos enfants. Il me répondrait probablement vous n’avez qu’à zapper. Mais il sait qu’il a déjà contaminé les autres chaines. La décadence est métastatique dans ce pays. Elle est hautement contagieuse. Quant aux chaines nationales, elles en sont encore aux contes d’el Eroui, alors #freenosenfants.

Olfa rhimi abdelwahab

les commentaires

comments

Les plus populaires

En Bref est un magazine qui facilite l'accès à l'information. Monde, national, hi-tech, économie, sports, buzz : En Bref est l'outil adéquat pour que rien ne vous échappe de l'actualité.

En Bref vous fait gagner du temps en passant au crible toutes les news crédibles pour en garder les plus pertinentes. En Bref est décliné en versions web et mobile (Android).

En Bref, l'info autrement.

Nous contacter : enbref.tn1@gmail.com

Copyright © 2015-2017 EnBref. Powered by ThrustWork.