Société

Voisinage en Tunisie : avons-nous vraiment appris à vivre ensemble ?

Le bruit de pas de talons sur le sol, une musique trop forte, les aboiements d’un chien, un poulailler qui exaspère, les places de parking disputés…

Les motifs de discordes entre voisins sont nombreux. Pourtant, il est très possible de cohabiter en paix. Mais quand le beau temps s’installe, les disputes de voisinage peuvent empoisonner le plaisir des beaux jours. En effet, les plaintes en Tunisie atteignent leur apogée en été.

Que faire si le voisin qualifie un barbecue dans votre jardin d’incendie latent ou s’il appelle la police pour se plaindre du tapage nocturne lors de votre soirée entre amis, du mariage célébré en grande pompe ? Tous les concernés ont toutefois intérêt à ne pas trop gonfler les événements car un simple conflit peut se transformer en une véritable guerre.

Aujourd’hui les maisons sont très rapprochées

En effet, dès le premier jour ou elle a emménagé avec sa famille dans leur nouvelle maison, H.M a très vite compris que la cohabitation avec ses voisins allait être difficile. Pendant toute la journée, ces derniers, un couple d’un certain âge, les ont observés d’un drôle d’œil.

Hédia confie qu’elle avait même entendu la femme dire à son mari « en plus, ils ont trois enfants ! ». « D’ailleurs, on n’était pas encore installés que notre voisin avait déjà sonné à notre porte pour se plaindre du bruit que faisaient nos enfants en jouant dans le jardin. Il est vrai que les maisons aujourd’hui sont très rapprochées les unes des autres, mais ce n’est pas notre faute. Plus tard, ce même voisin prétendait que notre désherbage était mal fait et que le vent faisait atterrir les graines de nos mauvaises herbes sur leur gazon.

Au début, j’ai essayé malgré tout de discuter gentiment avec eux, mais il n’y avait rien à faire. Ils auraient sans doute préféré voir un couple sans enfants s’installer à côté d’eux. Alors ils font tout pour nous dégoûter de cette maison. Ils insultent nos enfants, ils mettent la tondeuse en marche dès que nous désirons prendre l’air dans le jardin. J’ai essayé de les ignorer, mais mon mari est d’un caractère rancunier. Il a décidé de partir en guerre de son côté ».

Prévenir les voisins pour organiser une soirée

Lamia A, une fonctionnaire de 28 ans, cohabite avec une collègue. Elles connaissent aussi des problèmes avec leurs voisins retraités. « Je comprends que chaque génération ait un mode de vie différent, mais mes voisins sont gênés par tout ce que l’on fait. A notre âge, il est normal qu’on apprécie une autre musique que la leur. Pourtant, nous, on ne se plaint pas quand ils mettent la télévision à fond parce qu’ils sont un peu dur d’oreille et qu’on est obligés de subir leurs émissions préférées. Ils n’arrêtent pas de nous embêter à cause de notre musique. Pour ma part, je respecte les horaires, d’habitude je baisse le son vers 21 heures 30 et quand j’organise une soirée, je préviens tous mes voisins.

Eux par contre, ils ne préviennent personne lorsqu’ils décident de percer des trous dans le mur le dimanche matin quand les gens veulent se reposer. Ils commencent également à faire leur ménage dès l’aube, mais comme ils sont âgés, personne n’ose se plaindre. Il serait pourtant facile de cohabiter, si seulement les plus âgés acceptaient le mode de vie des jeunes. »

Ainsi, en maison individuelle ou en appartement, les motifs de conflits entre voisins ne manquent pas. Souvent une simple remarque suffit à tout faire rentrer dans l’ordre. Mais souvent aussi, il faut porter l’affaire devant les tribunaux. Etre chez soi n’est pas une excuse pour faire ce que l’on veut quand on veut, nous explique un agent municipal. Devant le nombre de plaintes, les municipalités ont pris des arrêtés limitant tout ce qui perturbe la quiétude.

En ce qui concerne les fêtes, aucun texte légal n’autorise à faire du bruit un soir par mois. La tranquillité des voisins doit être respectée. Marcher avec des chaussures à talon n’est pas une infraction, mais le martèlement du sol constitue un trouble anormal du voisinage. Le police municipale est assez stricte concernant les troubles de voisinage. Un climatiseur faisant du bruit à longueur de journée et causant une perturbation chez le voisin qui se plaint peut être cause d’un avertissement. Le voisin doit par exemple trouver une solution d’isolation.

Les chiens qui aboient sans arrêt peuvent être confisqués, les murs qui surgissent d’un coup sur un balcon, défigurant la façade ou le standing d’un immeuble peuvent être détruits dans la semaine qui suit la plainte. Les ateliers modernes doivent être obligatoirement équipés d’appareils anti-bruit. Par contre à la campagne, les tribunaux se montrent beaucoup plus cléments envers les coqs et les poules par exemple, qui font partie de la vie quotidienne.

Apprendre à vivre ensemble en ville est un art, et combien de conflits peuvent être évités si le respect mutuel s’instaure. C’est une affaire de conscience et en fin de compte de respect de soi-même. Cela est particulièrement vrai pour la musique et la télévision dont on peut tirer tout autant de plaisir en réduisant le volume du son. Est-il besoin de jouer avec l’accélérateur de sa voiture et laisser tourner le moteur lorsqu’on attend un ami ? Pis encore, de klaxonner nerveusement de bon matin pour l’appeler, de claquer furieusement les portes ? Est-il vraiment nécessaire de parler à haute voix lorsqu’on dit bonsoir ou bonjour à quelqu’un dans la rue ?

Aussi, la lutte contre le bruit, « risque professionnel et fléau public », réside avant tout dans une discipline collective. Mais avons-nous vraiment appris à vivre ensemble ?

Comment contrôler le bruit ?

Les plaintes qui arrivent aux brigades anti-bruit durant la période estivale sont tellement nombreuses qu’il est difficile de donner satisfaction à tous les plaignants, en plus des tracas auxquels sont exposés les agents qui se rendent sur les lieux pour mettre fin aux débordements sonores. Pour éviter aux citoyens les séquelles du bruit, une idée est apparue dans un certain nombre de capitales occidentales. A Paris par exemple, il a été procédé à l’élaboration d’une carte du bruit qui est disponible sur Internet. Les Parisiens pourront voir sur cette carte les arrondissements les plus bruyants, rue par rue, immeuble par immeuble. Les techniciens chargés de ce travail ont déjà relevé un constat assez surprenant : les arrondissements les plus populaires sont paradoxalement les moins bruyants.

J.L

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