Billet d'humeur

Voir les cercueils de sa femme et de ses enfants sortir un à un le même jour…

C’est un être anéanti devant une vie si cruelle qui n’a pas épargné ce père de famille. Une histoire déchirante et des vies brisées.

La vie n’a plus de sens devant l’intenable fragilité de l’être. Chokri s’est marié par amour avec une femme qui représentait tout pour lui. Ensemble main dans la main, ils ont construit une histoire comme on construit petit à petit sa maison.

Ils ont vécu un bonheur intense durant 22 ans. Ces belles années d’amour et d’affection ont porté des fruits : deux filles et un garçon sont arrivés pour étoffer encore plus ce bonheur dans ce nid douillet et heureux. Une précieuse fillette naîtra : Aziza, une belle jeune fille de 21 printemps aussi humaine qu’intelligente se consacrant à ses études et militant pour les bonnes causes au sein du Croissant rouge tunisien.

Quand elle a eu son bac, son papa était aux anges. Il avait enlacé sa femme pour chanter et fêter comme deux enfants heureux, l’éclatante réussite. Il était si fier, lui, le simple individu qui amassait peu à peu le fruit de son labeur pour subvenir aux besoins de sa famille.

Mohamed, 15 ans, il voyait en lui le rêve qu’il avait toujours caressé à son âge, le rêve d’une vie bien meilleure. Plus tard, Khadija, la plus jeune, naîtra pour ajouter encore plus de joie dans la famille. Elle représentait le dernier amour de Chokri et la grande satisfaction d’une maman comblée. Il aimait tant cette petite de 11 ans qui ne pouvait s’endormir que dans ses bras …Et puis un sombre et triste jour, tout bascule !

Il voulait que sa petite famille profite un peu de quelques moments de vacances. Il ne pouvait pas être avec eux pour des raisons professionnelles.

Il les accompagna pour un déplacement dans une modeste voiture de louage. Une séparation qu’il croyait provisoire. Il était loin d’imaginer que la traîtresse faucheuse les attendait. Il embrassa sa femme et ses trois enfants et ne savait pas non plus que c’était pour la dernière fois qu’il le faisait. Le véhicule prit la direction de Menzel Temine et à peine quelques kilomètres parcourus, la roue d’un solide bolide se fracassa et entra en collision. Le chauffeur n’a pas eu le temps de réaliser le drame. Il est mort sur le coup. 

La mort n’a pas épargné le reste des occupants, emportant sans pitié les trois enfants et leur mère. Elle venait de terminer une dernière conversation avec son bien aimé Chokri. Ce dernier les a eus au téléphone quelques minutes avant le drame.

Le portable encore dans la main, le cœur de la tendre épouse et l’aimante maman s’est arrêté de battre. Le nom de Chokri a buggé sur l’écran du téléphone encore allumé.

Depuis le moment où il reçut un appel de la police lui annonçant la mort de tous les membres de sa famille, les mots lui manquent, la douleur est si profonde. Si la souffrance la plus cruelle est la perte d’un enfant, Chokri les a tous perdus, la maman en sus ! Ils ont emporté avec eux le cœur brisé en mille morceaux d’un papa inconsolable.

Y a-t-il une pire souffrance que celle de voir sortir quatre cercueils un à un devant une foule désemparée face au domicile conjugal ? Des silences audibles et des cris silencieux, des sentiments ébranlés, des larmes et de la douleur enveloppaient ce monde fou. Chokri, l’époux affectueux, le père aimant regardait les corps quitter l’un après l’autre le domicile, il regardait sans voir, il était là physiquement mais si loin à la fois…

Réalisait-il vraiment la cruauté du moment ? Chokri parait inerte. Comment se réveillera t-il devant la dure vérité nue ? Où trouvera t-il une épaule pour le soutenir, qui essuiera ses larmes amères ? L’épouse est partie, la fille n’est plus là, le fils a disparu et la toute petite qui représentait son avenir n’est plus de ce monde.

Chokri ne roule pas sur l’or certes, et personne n’est plus là pour soutenir une âme meurtrie, même pas un psychologue pour un suivi évident qui l’aiderait à revivre.

Aujourd’hui tout est encore plus pénible, de dormir, de se lever le matin et de constater que la maison est déserte, que seul l’écho des voix disparues enveloppe un père seul  dans une maison trop chargée de souvenirs pour le reste de sa vie.

J.L

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