Economie

Tunisie : la cruauté des rentiers

Lors du mois de janvier 2019, les champions de la BVMT (Bourse de Tunis) ont dévoilé leurs principaux indicateurs de 2018, année jugée catastrophique pour la Tunisie et les Tunisiens avec une inflation ‘‘subventionnée’’ à 7,5%, un déficit commercial ‘‘dopé par l’offshore’’ à 19 milliards de dinars, un taux endettement ‘‘hors établissements publics’’ à 72% du PIB, un dinar à 50% de sa valeur de 2011, des caisses sociales lourdement déficitaires, des services publics délabrés (enseignement, santé, transport), une pandémie de corruption exponentielle…

Paradoxalement, les indicateurs des market-makers sont au vert, avec des taux de croissance époustouflants pour les ventes et des niveaux de rentabilité exorbitants pour le Capital. De jour en jour, les activités de rente (Banques, GMS, groupes monopolistiques) gagnent en niveau de revenu et en profit financier, affichant des taux de croissance à deux chiffres largement supérieurs à celui l’économie nationale majoré par l’inflation de l’INS.

Au-delà des banques qui ont profité du redressement du TMM pour gonfler la rémunération des dépôts, et du silence complaisant de la BCT pour accélérer le foisonnement des commissions, et parvenir in fine à afficher des niveaux records de PNB, en attendant l’annonce de bénéfices records au courant de mars prochain. Pareil pour les opérateurs des produits alimentaires. Le groupe Poulina se félicite pour ses performances commerciales, surtout avec la dinde, le poulet et l’œuf qui ont flambé de 30% en moyenne en 1 an. Idem pour les industriels du lait, qui ont fait varier leurs tarifications à plusieurs reprises, le prix du yaourt basique et celui du fromage classique ayant respectivement augmenté de 17% et 22% depuis début 2018. Il en est de même pour les GMS (supermarchés et hypermarchés) qui s’ingénient à changer bimensuellement, voire hebdomadairement, leurs prix, étant signalé qu’il profitent eux aussi de la hausse du TMM pour bien rémunérer leur écart de trésorerie (encaissement/décaissement), et parvenir à former une profitabilité majoritairement monétaire.

Pris au piège des trusts, le consommateur est acculé à supporter des augmentations excessives de prix dépassant l’inflation officielle. Il s’en découle une aggravation dans la répartition des richesses et une amplification de la fracture sociale, et par conséquent un appauvrissement de la classe moyenne et un étouffement de la classe pauvre. Ceci confirme que les inégalités vertigineuses sont inhérentes au Capitalisme. Une rémunération du capital supérieure à la croissance, accroît les inégalités, écrivait l’économiste français Thomas Piketty dans son fameux livre Le capital au XXIème siècle.

En d’autres termes, un rendement du capital supérieur à la croissance économique, c’est à dire une progression des revenus du capital supérieure aux revenus réels des salariés, engendre un accroissement des inégalités. Curieusement les autorités ont laissé faire, s’agissant de leurs principaux donateurs pour le financement de leurs partis politiques et de leurs prochaines campagnes électorales.

Aussi ne serait-il pas grand temps pour les autorités politiques de cesser leur complaisance avec l’oligarchie financière, pour décider enfin d’assujettir les activités de monopole et les activités rentières à une fiscalité supplémentaire en vue d’évoluer vers l’équité fiscale et de parvenir à résorber les déficits structurels du budget de l’Etat et des caisses sociales.

Mohamed Chawki Abid

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