Société

Tunisie : jeune et déjà grand-mère

Aujourd’hui, le rôle de la grand-mère a fortement évolué par rapport à une cinquantaine d’années. Elle paraît de plus en plus jeune, plus active, plus avertie et plusieurs d’entre elles ont même un métier.

Si chez quelques unes, elles ne sont plus vraiment les « mamies gâteau » à qui on donnait l’enfant à garder, leur rôle n’est pas pour autant devenu moins important. Si les jeunes grand-mères ont parfois moins de temps libre, elles l’utilisent sûrement en privilégiant la qualité des rapports avec le petit-fils ou la petite fille. Il n’est d’ailleurs pas rare de les voir partager des activités culturelles avec l’enfant. Elles ne sont plus soumises aussi au devoir d’éducation avec les contraintes qui vont de pair.

Dans les liens avec l’enfant, les rapports d’autorité n’ont pas leur place et parfois même des petites altercations surgissent avec les parents des enfants même si aujourd’hui, seul le plaisir d’être avec l’enfant et l’envie de partager des moments de complicité avec lui entrent en ligne de compte.

Si la disponibilité de la grand-mère au premier jour de naissance est toujours la même aujourd’hui, elle est cependant provisoire compte tenu de plusieurs facteurs et diffère d’une région l’autre.

Zohra, 49 ans, native de Sousse : des conseils en permanence

Quand mon fils ainé m’a annoncé qu’il voulait se marier à 26 ans, je trouvais cela un peu trop prématuré. Mais six mois après, nous avons malgré tout organisé son mariage. Sa femme a eu 11 mois plus tard, une adorable petite fille. Sa maman avait alors 20 ans. C’était jeune, trop jeune encore à mon sens pour s’occuper d’un bébé. Et comme dans ma nature, je me suis mêlée un peu de tout, pour les aider, je passais chez eux tous les matins, faisais les courses, changeais la petite et donnais des conseils en permanence.

Je ne m’occupais plus de rien d’autre. Toutes mes pensées se reportaient sur ma petite-fille. Un jour, mon mari m’en a fait la remarque, il trouvait que je négligeais tout, la maison et moi-même. Au bout de trois mois, mon fils avait également remarqué que j’en faisais trop. Ma première réaction a été la colère. Moi qui avais donné mon temps et mon énergie… et puis comment auraient-ils fait si je n’avais pas été là ? Depuis, j’ai pris un peu de recul, sans doute avaient-ils tous raison ? Je me suis forcé à rentrer chez moi et de les voir une fois par semaine. Aujourd’hui, je me contente de faire des cadeaux et de prendre ma petite fille pour les vacances. En réalité, je crois que je cherchais à me sentir moins seule, car depuis le départ de mes enfants, je manque d’activité et de compagnie.

Sonia 44 ans, cadre de banque, native de Tunis : je me croyais encore jeune

Un  jour, ma fille mariée depuis deux ans, m’a annoncé que j’allais bientôt être grand-mère. Cela m’a bouleversée car ma fille continuait ses études supérieures à l’époque et son mari venait à peine de commencer sa vie professionnelle. J’ai trouvé toute sorte d’excuses en parlant de ses études, du travail de son mari à peine décroché… ce n’était pas de grands atouts pour avoir déjà des enfants. En réalité, ce n’était pas pour eux que j’avais peur, c’était pour moi. Grand-mère à 45 ans, moi qui me croyais encore si jeune ! Je prenais vingt ans d’un seul coup !

L’idée m’était insupportable…et puis l’enfant est né ! Dès l’instant où je l’ai vu, mes angoisses se sont envolées. Ce bébé m’avait insufflé une grande énergie. Quand je le promène aujourd’hui, certaines personnes me prennent pour sa mère et cela n’est pas si désagréable.

Soumaya 47 ans, native du Cap Bon : être obligée de se remettre à pouponner

Lorsque ma fille m’a annoncé qu’elle allait avoir un bébé, je l’ai tout de suite félicitée. Une fois partie, j’ai fondu en larmes. Je ne voulais pas être grand-mère de sitôt. Tout d’abord, parce qu’après avoir divorcé, j’ai élevé seule mes enfants. Je me suis par la suite remariée et j’ai eu mon fils Slim à 39 ans. Aujourd’hui, je n’ai que lui à la maison. J’aurais voulu m’occuper de moi-même. Me mettre à la peinture, voyager…

Mais avec ce futur bébé, je me sentais comme obligée à me remettre à pouponner, à être tout le temps disponible… En plus, je n’arrivais pas à me faire à l’idée que cet enfant allait avoir juste quatre ans de moins que mon fils. Quand il est né, je tenais encore la main de mon fils en allant à la maternité. A peine plus grand que lui, son oncle… Enfin, tout cela me paraissait anormal. Ma fille me reproche de ne pas réclamer plus souvent mon petit-fils…

C’est difficile à dire, mais j’en ai assez de m’occuper des enfants. Mon dernier fils, je le voulais, mais il me demande encore beaucoup d’énergie. Depuis quelque temps, ça va mieux, j’ai expliqué mes craintes à ma fille qui, même si c’est dur, a décidé depuis, de se débrouiller sans moi.

Zeineb, 40 ans, modéliste-styliste, native de Sfax

Me retrouver grand-mère à mon âge, cela n’a rien de surprenant. Chez nous, avoir des enfants très jeunes, c’est presque une tradition. Pourtant ma fille avait hésité à me dire qu’elle était enceinte au début de sa grossesse, parce qu’il est vrai que pour subvenir aux besoins d’une famille, il faut des ressources disponibles et son mari ne roule pas sur l’or.

Mais que pourrais-je lui dire ? Moi-même j’ai été mère à 17 ans et me suis bien débrouillée. Ma fille a en plus un mari adorable sur qui elle peut compter. Avant la naissance, nous nous sommes installés carrément chez ma fille pour lui donner un coup de main. J’étais toute excitée, je faisais les courses et je m’occupais de l’appartement. Si pour certaines être grand-mère donne un coup de vieux, pour moi, c’est l’inverse. J’avais une énergie débordante. Au point que ma fille me dit tout le temps que je suis en train de m’épuiser. L’arrivée d’un bébé est une fête, mais c’est un moment qui appartient avant tout aux parents. Alors à la fin de la « convalescence », je me suis faite plus discrète.

J.L

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