Santé

Tunisie : drogues et produits pharmaceutiques se vendent illégalement sur internet

Alors que le pays en est encore à ses balbutiements en terme de droits, de constitutionnalité et de législation, le rapport dit « colibe » évoque la nécessité de légiférer contre l’appel et l’assistance au suicide, et ce au nom du droit sacré à la vie et de l’intégrité des corps. Cependant, alors que les charlatans et autres gourous mystiques pullulent comme de la gangrène et exercent frauduleusement une médecine de comptoir au nom d’Allah le guérisseur, un phénomène de plus en plus inquiétant touche la Tunisie : la vente et l’injection illégales de produits pharmaceutiques sous couvert du sport.

Pratique illégale de la pharmacie et de la médecine

L’exercice de la pharmacie est strictement encadré en Tunisie par de très nombreux textes, notamment par la loi n° 73-55 du 3 août 1973, fixant les conditions relatives aux diplômes requis afin de pouvoir s’inscrire auprès du Conseil de l’ordre des pharmaciens. L’ordre des pharmaciens a le pouvoir de saisir les tribunaux par voie de citation directe, sans préjudice de la faculté de se porter, s’il y a lieu, partie civile dans toute poursuite intentée par le procureur de la République. Cependant, il n’en est rien. Il suffit d’effectuer une recherche sur Facebook pour tomber sur ce genre de publications qui ne semblent choquer personne.

A noter qu’il s’agit bien de produits destinés à traiter une affection médicale grâce aux principes actifs qu’il contient. Cependant, dans ces cas précis, ce sont les effets secondaires qui sont recherchés, où ceux usités à des fins vétérinaires :

– Le Stanabol : utilisé chez l’homme pour le traitement de l’anémie et de l’angio-oedème héréditaire. Il est également utilisé chez l’animal pour stimuler le développement musculaire, la production de globule rouge la densité des os ou l’appétit d’animaux affaiblis.

– L’Oxandrolone : dérivé synthétique de la testostérone, il est utilisé pour le traitement de l’hépatite alcoolique, le syndrome de turner et la perte de poids causée par le VIH.

– Le Hydrochlorure d’Ephédrine : utilisée en intraveineuse contre l’hypotension et la diminution la concentration de lipides dans le sang, elle a pour effet secondaires : des hémorragies cérébrales, des troubles psychiatriques ou encore des arythmies cardiaques qui peuvent à leur tour entraîner des infarctus du myocarde. Nous reviendrons plus tard sur cette substance.

– Le Clenbutérol : produit vétérinaire utilisé pour traité les infections broncho-pulmonaires chez les chevaux, est vendu en toute transparence sur la toile tunisienne. Les femmes l’utilisent pour maigrir, et les sportifs, en période de sèche afin d’atteindre un taux de graisse au plus bas sans perdre trop de muscle. Une pratique qui relève du dopage et qui n’est pas sans risque (tremblements, des maux de tête, agitation, insomnies, sautes d’humeur, une augmentation de la quantité de transpiration et surtout une augmentation des risques d’accidents cardiaques et cérébraux).

– L’Oxymétholone : indiquée dans le traitement d’anémies aplasiques, elle a pour effet secondaires l’œdème, la prise de poids rapide, le priapisme, les modifications de couleur de peau, les dysuries, les nausées, les vomissements, les douleurs abdominales, la perte d’appétit, l’ictère, la gynécomastie, etc

– La Méthandienone quant à elle provoque des lésions du foie

Si la Loi n° 2007-54 du 8 août 2007, relative à la lutte contre le dopage dans le sport vise à « préserver la santé des sportifs et d’interdire les abus contraires aux principes de la saine compétition et au respect des valeurs morales et sportives », qui préserve la santé de nos enfants ?

De la vente illégale aux laboratoires clandestins ?

Alors que sur la toile se vend à la barbe du législateur de l’éphédrine, prenons le temps de faire un focus sur ce composé organique dérivé de l’ammoniaque, dit sympathicomimétique, au même titre de le MDMA.

Classé dans le tableau 1 de la Convention contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes de 1988 convoquée par l’ONU, l’éphédrine est considérée comme un produit chimique (…) utilisé dans la fabrication de stupéfiants et de substances psychotropes. En effet, par simple oxydation, l’éphédrine se transforme en méthcathinone, à savoir « la drogue des combattant ». Philopon chez les kamikazes japonais, pervitin au sein de la Weirmacht ou le yaa-baa dans les juntes militaires de l’Asie du Sud Est, cette substance est également utilisée dans les milieu du sport, et l’on se souvient de la victoire de la RFA en 1954 lors de la coupe du monde de football. Est-ce qu’en Tunisie, des laboratoires clandestins transforment l’éphédrine afin de produire des substances actives à visée kamikaze ? La question est en droit d’être posée surtout lorsque l’on sait que les auteurs des attentats de Sousse et du Bardo étaient sous substances psychoactives.

Pourquoi l’Etat tunisien refuse de traiter ce fléau ?

Alors que l’Organe international de contrôle des stupéfiants OICS pointe du doigt l’Afrique du nord et en particulier la Tunisie dans son rapport de 2012, en expliquant que les changements politiques ont entraîné une défaillance des capacités de détection et de répression en matière de drogues et que l’abus de tramadol, opioïde synthétique non placé sous contrôle international, est devenu un problème grave, l’Etat tunisien semble faire la sourde oreille et les promesses faites lors de réunion tenue à Alger en juillet 2012, en présence des ministres des affaires étrangères des États membres de l’Union du Maghreb arabe, sont restées, comme toutes les promesses de nos politiciens, vaines.

Pourtant Youssef Chahed, qui a longtemps travaillé avec la Food and Drug Administration, devrait savoir que pour lutter contre la corruption et le blanchiment d’argent, il faut lutter contre les trafics de drogue. Élémentaire mon cher Watson ! D’ailleurs, Les groupes sous-régionaux africains chargés de la lutte contre le blanchiment d’argent ont financé la Tunisie dans ce sens. Le Groupe d’action financière pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (GAFIMOAN) a même organisé en collaboration avec la Banque mondiale un atelier sous-régional visant à former les autorités de supervision bancaire au contrôle du respect des réglementations antiblanchiment (dont la lutte contre le trafique de drogue) à Casablanca.

Il ne faut donc pas feindre l’étonnement lorsque la Tunisie se retrouve sur la liste noire de la poudre blanche. Comme l’a expliqué dans une interview qu’il avait accordée à Takriz, Naïm Barhoumi, champion du monde de culturisme, qui a tenté d’alerter les autorités tunisiennes, en vain. Il a pourtant rencontré la Ministre de la jeunesse et des sports et lui a déposé le dossier d’un projet visant à faire de la prévention auprès des jeunes.

Cela fait maintenant un an, et il attend toujours. Alors pourquoi ? Pourquoi l’Etat ne fait rien ? Compte tenu des aides logistiques et financières qui lui ont été octroyées, il ne s’agit pas d’un manque de moyens. Alors serait-ce un manque de compétence ? Un laxisme complice ? Une volonté assumée ? La question reste ouverte et les revendeurs semblent ne craindre aucune sanction. Une chose est sûre, au vue du prix de vente de ces produits, on peut se permettre d’acheter une Rolex.

Takriz

 

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