Billet d'humeur

Tourisme tunisien : tout va très bien Madame la Marquise !

Madame la ministre du Tourisme s’en va pour gérer « les affaires de la Présidence ». Ceci confirme bien qu’elle était au Tourisme pour la politique politicienne et non pour être au chevet du premier secteur économique de la Tunisie et de ses acteurs. Un secteur sinistré et moribond qui a besoin d’être secouru.

En tout cas en trois années de règne sans concertations et sans partage, le marché français, premier marché traditionnel de la destination Tunisie avec 1,4 millions de touristes en 2010, et notamment ses opérateurs tunisiens ne l’auront pas beaucoup vu. En trois ans Madame la Ministre a fait, quelques mois après sa nomination, une seule réunion avec les opérateurs tunisiens de France. Une réunion restée sans suite. Des opérateurs snobés, jugés trop petits pour être rencontrés et écoutés. Pour le reste quelques rencontres en privé ont été organisées par la seule entremise de qui on sait…!

A rappeler que le nombre des tour-opérateurs tunisiens de France est passé de 12 avant 2011 à 2 ou 3 en 2018. Les tour-opérateurs tunisiens de France au plus fort de leur rendement totalisaient plus de 500.000 clients sur le 1,4 millions que le marché français procurait à la Tunisie.
Une véritable catastrophe qui a laissé le gouvernement tunisien et ses Ministres successifs du Tourisme depuis 2011 devant une indifférence remarquable.

Après les attentats du Bardo et de Sousse en 2015, tous les gros opérateurs, à qui on réservait les honneurs et on défilait les tapis, ont déserté la destination. Nous avons, quelques opérateurs tunisiens à l’étranger, la fierté de dire que nous avons été les seuls à être là pour soutenir notre peuple et notre pays. Nous nous sommes investis corps et âmes transformant nos métiers en actes militants de résistance devant l’indifférence de politiciens occupés à se chamailler ou à inaugurer des salons de thé et des établissements bâtis sans autorisations. Ceci personne ne pourra nous le retirer même si aucune reconnaissance n’a été manifestée. Sous d’autres cieux tous les opérateurs auraient été décorés pour donner l’exemple et montrer à la jeunesse et au peuple que la Tunisie de la Résistance et du don de soi a toujours été là au chevet de cette Tunisie attaquée et malmenée.

C’est aussi quelques mois après sa nomination que fut soudainement fermée la prestigieuse agence du Tourisme Tunisien du 32 avenue de l’Opéra à Paris !

Les représentations de l’Office du Tourisme Tunisien à l’étranger n’ont jamais été dans un pareil état d’incertitude et d’abandon. On parle même de leur fermeture au nom du progrès du domaine du marketing digital !!! Une aberration destructrice et dangereuse qui sonne le désengagement de l’Etat de toutes les affaires du pays, inquiète et casse le moral à tout le personnel de cette noble institution qui a enfanté et accompagné le secteur depuis sa création.

Madame la Ministre s’en va en laissant sur le marché français la plus grosse incohérence et disparité entre la capacité aérienne disponible largement insuffisante face aux potentialités et objectifs du secteur du Tourisme sans qu’une seule réunion n’ait été tenue pour prendre acte de cette situation afin d’essayer d’y trouver des solutions. Aucune coordination entre le Ministère des Transports et le Ministère du Tourisme n’a été sérieusement recherchée !
Le dossier de l’Open Sky quant à lui est resté livré à lui-même !!! Ni oui, ni non. Wait and see.

L’aéroport de Tozeur peine encore à fonctionner pour absence de programmes de vols internationaux. On y programme uniquement depuis 2016 quelques liaisons incohérentes, difficilement commercialisables avec des vols en provenance de Djerba ou de Sfax faisant un toucher à Tozeur. Une zone comme le sud tunisien avec le bassin minier de Métlaoui et la région du Djérid qui a vu partir les étincelles de la révolution de 2011 aurait mérité une plus grande attention avec son inscription en zone prioritaire. Par principe et eu égard au contexte politique général, l’aéroport de Tozeur n’aurait jamais dû être fermé.

Le dossier de l’endettement du secteur n’a pas avancé d’un pouce et par ce biais le secteur hôtelier tunisien est resté dans un état calamiteux avec un produit souvent hors normes et avec plus de 150 hôtels fermés livrés à eux-mêmes en train de se détériorer de jour en jour devant des propriétaires désespérés et impuissants.

Tout tourne autour des agences de voyages s’occupant de l’outgoing, de la Omra et du Hadj alors que les agences réceptives qui sont là pour faire rentrer les devises au pays sont à l’abandon n’ayant même plus de matériel de transport (bus de tous gabarits et voitures tout terrain pour le sud du pays et le tourisme saharien) ni les moyens et l’opportunité d’en acheter.

Les recettes en devises du secteur n’ont jamais été aussi maigres n’atteignant même pas un milliard d’euros avec un marché algérien voisin de 2,2 millions d’entrées qui fonctionne essentiellement par le change clandestin du dinar ou des euros algériens contre le dinar tunisien via le marché parallèle !

La planification avec une vision pour les années à venir, malgré l’organisation du marathon des Assises du Tourisme, brille par son absence. La négociation de financements avec les organismes financiers internationaux partenaires pour accompagner l’assainissement du secteur et l’accompagnement de son développement brille par son absence.

Il faut dire que devant les tiraillements politiques inouïs auxquels nous assistons depuis 2014 qui ont culminé par l’effritement du parti ayant gagné les élections législatives et présidentielles de 2014 Nidaa Touness incapable d’organiser sa première Assemblée Générale et qui vit à longueur de temps des guerres intestines, devant la guerre ouverte entre la Présidence de la République et le chef du gouvernement qui s’est carrément rallié à l’opposition pour se maintenir, il ne restait guère de temps aux Ministres de ce pauvre pays pour s’occuper des réelles affaires de leurs ministères et du peuple d’en bas. Seule la politique politicienne a fini par accaparer le plus clair de leur temps et préoccupations.

Pour preuve, madame la Ministre du Tourisme anticipe le changement gouvernemental attendu et part prêter main forte au Palais Présidentiel dans sa guerre contre le Chef du Gouvernement !!!

Vive la Tunisie démocratique et bonne chance à Madame La Ministre.

Quant à nous tunisiens et notamment les pauvres opérateurs du secteur du tourisme, attendons le nom du suivant qui sera intronisé cette semaine à la tête du Ministère du Tourisme, un énième suivant qui ne fera pas mieux que les précédents, et retroussons nos manches car la saison 2019 est pour demain et nous savons que nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.

Hakim Tounsi

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