Billet d'humeur

Ruy Blas s’invite en Tunisie

Ruy Blas’la3zouza surprend les députés en train de se partager les richesses de la République. Depuis quelques instants, Ruy Blas’la3zouza est entré par la porte du fond et assiste à la scène sans être vu des interlocuteurs.

Il est vêtu d’un barnous noir ; il a la plume, acerbe, au chapeau et la poche trouée à la Rimbaud. Il les écoute d’abord en silence, puis, tout à coup, il s’avance à pas lents et paraît au milieu d’eux au plus fort de la querelle.

Bon appétit ! messieurs ! — Ô ministres intègres ! Conseillers vertueux ! Voilà votre façon

De servir, serviteurs qui pillez la Nation !

Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,

L’heure sombre d’un Etat tunisien qui se meurt !

Donc vous n’avez pas ici d’autres intérêts

Que remplir votre poche et vous enfuir après !

Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,

Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !

— Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.

Carthage et sa vertu, Carthage et sa grandeur,

Tout s’en va. — Nous avons, depuis ce dit janvier,

Perdu notre ferveur et notre dignité

A Gafsa le phosphate, le pétrole à Kamour

Tout est mort, à l’arrêt jusqu’au dernier faubourg

Sidi Bouzid, Thala, Gabes, cinq mille lieues

De côte, et Bizerte, et Sidi Bou la Bleue !

Mais voyez — Du ponant jusques à l’orient,

L’Occident, qui vous hait, vous regarde en riant.

Comme si la BCT n’était plus qu’un fantôme,

Le Qatar et les Turcs se partagent le royaume

Les USA vous trompent ; il ne faut point céder

Ces bases militaires d’où partent les mortiers.

L’UE, sa banque centrale sont pleins de précipices

La France pour vous prendre, attend des jours propices

L’Autriche aussi vous guette.— Quant à vos bienfaiteurs,

Ils ne sont que vautours attendant leur quatre heures

Soros vous divise, il achète la lutte

Et ceux qui lui résistent subissent une turlute

Quel remède à cela ? — L’Etat est indigent

L’Etat est épuisé de troupes et d’argent

Nous avons pour lutter, en ce mois de janvier,

Perdu trois cents vaillants, sans compter les blessés !

Et vous osez ! … — Messieurs, en 10 ans, songez-y,

Le peuple, — j’en ai fait le compte, et c’est ainsi !

Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie,

Pour vous, pour vos plaisirs, et pour vos filles de joie

Le peuple misérable, et que nous pressurons,

A sué vos salaires, vos indemnisations !

Et ce n’est pas assez ! Et vous voulez, mes maîtres ! …

Ah ! j’ai honte pour vous ! — Au dedans, routiers, reîtres

Vont battant le pays et brûlant la moisson

L’escopette est braquée au coin de tout buisson

Comme si c’était peu de la guerre des princes,

Guerre entre les partis, guerre entre les provinces

Tous voulant dévorer leur voisin éperdu,

Morsures d’affamés sur un vaisseau perdu !

La Tunisie en ruine est pleine de couleuvres

L’herbe y croît. Quant aux grands, des aïeux, mais pas d’œuvres

Tout se fait par intrigue et rien par loyauté

Le Bardo est égout où vient l’impureté

De toute nation. — Tout bourgeois à ses gages

A cent coupe-jarrets qui parlent cent langages

Jaraya, Ltaief, Ben Ammar, Ben Miled…

La nuit on assassine et chacun crie : à l’aide !

La moitié du pays pille l’autre moitié.

Tous les juges vendus ; pas un soldat payé.

Notre armée va pieds nus. Des gueux, des montagnards,

S’habillant d’une loque et s’armant de poignards

Pour lutter au Chaambi contre des djihadistes

Qui ont été armés par nos têtes de liste.

Voilà ! — La politique, hélas ! écrase du talon

Ce pays qui fut pourpre et n’est plus que haillon !

L’État s’est ruiné, ô décennie funeste,

Et vous vous disputez à qui prendra le reste !

Ce peuple tunisien aux membres énervés,

Qui s’est couché dans l’ombre et sur qui vous vivez

Expire dans cet antre où son sort se termine,

Triste comme un lion mangé par la vermine !

— Hannibal, dans ces temps d’opprobre et de terreur,

Que fais-tu dans ta tombe, toi qui défia l’empereur ?

Oh ! Lève-toi ! Viens voir ! — Les bons font place aux pires.

Ce royaume effrayant, où règnent les vampires

Penche… Il nous faut ton bras pour espérer demain !

La Tunisie se meurt, la Tunisie s’éteint !

Et l’aigle de Carthage qui, jadis, sous ta loi,

Couvrait le monde entier de tonnerre et de flamme,

Cuit, pauvre oiseau plumé, dans leur marmite infâme !

Tite Souris

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