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Romain Molina : l’affaire de la Supercoupe a alerté beaucoup de monde au niveau international (Interview)

Loin des standards du journalisme traditionnel et grâce à ses multiples ouvrages sportifs et sa chaîne Youtube, Romain Molina a imposé un nouveau style dans le journalisme sportif et cassé les codes d’un métier des plus controversés.

Ses vidéos sur la supercherie de l’organisation de la Supercoupe de Tunisie ont provoqué un séisme dans le pays et ont poussé la président de la FTF Wadii Jarii à sortir de ses gonds pour le discréditer, sans pour autant convaincre l’opinion publique.

Romain Molina prépare également une émission intitulée « Les dessous du Foot » consacrée au football tunisien dont la première partie est déjà en ligne

Rencontre avec un agitateur sportif qui n’a pas du tout sa langue dans sa poche.

Si vous aviez à vous définir, vous diriez quoi ?

Je suis un jeune homme de 27 ans, auteur et journaliste indépendant. J’ai vécu dans divers pays (Angleterre, Écosse et maintenant en Andalousie) et je suis un amoureux de la vie et du basket, évidemment, qui est et restera le seul amour de ma vie, mais c’est un autre débat.

Comment êtes-vous venu au journalisme en freelance ?

C’est une bonne question ! En fait, je n’ai jamais appartenu à un média en particulier. J’ai toujours eu un certain caractère on va dire, et ce depuis tout petit. J’étais un peu « rebelle » parfois, surtout face à ce que je considère une injustice ou une chose immorale. Je pense que la liberté n’a pas de prix, donc c’est un cheminement logique.

J’ai débuté dans des magazines de basket en France (Basket News & Maxi-Basket), puis j’ai mené mon chemin, selon mes idées, principes et envies, quitte à gagner peu d’argent. La liberté a un prix, et si je dois repayer, je repayerai le triple.

Un parcours atypique, êtes-vous un journaliste sportif ou comme vous l’avez toujours répété un conteur d’histoires dans la culture foot ?

Je ne sais pas si je suis un journaliste… Je fais du journalisme, ça, c’est sûr. Pour moi, faire du journalisme ne veut pas dire qu’on a le statut de journaliste dans les faits, et inversement, il y a beaucoup de journalistes ne faisant pas de journalisme, mais de la communication. Demandez aux amis médiatiques du « bon docteur » Jarii par exemple. Pour répondre à la question, je me considère davantage comme un conteur d’histoires, oui.

Vous avez publié plusieurs livres et le football avait une place de choix dans vos écrits. Pourquoi ? Par fascination à ce milieu ou pour ressortir tous ses travers ?

Je suis passionné par quantité de choses dans la vie, et notamment du sport (basket et football en particulier). J’ai écrit des livres avec un angle à chaque fois différent. Le premier, Galère Football Club, réunit des joueurs francophones méconnus du grand public français ayant joué dans le monde entier et ayant connu beaucoup de soucis : dépression, tentative de suicide, leucémie, ne plus avoir de toit, etc. C’était pour montrer l’autre face du football, mais avec un côté très humain.

A l’inverse, mon dernier ouvrage, La Mano Negra, explique l’industrie footballistique et tous les business périphériques générés notamment par les « créateurs » de ce système, des hommes dont on ne parle jamais mais qui ont permis ces tours de passe-passe. Il y a diverses affaires criminelles, même des cas de meurtres avec le ‘Brazilian Football Project’… C’est presque un thriller ! Donc je dirais que j’essaye de faire une œuvre générale : de la culture, des destins humains, des personnes méconnues, des affaires sombres, etc. Le tout, avec une démarche que j’essaye pédagogique.

Comment faites-vous pour prendre de la distance par rapport aux affaires relativement graves que vous traitez dans des milieux où des forces obscures contrôlent le sport roi ?

J’essaye de prendre du recul sur tout ce qui m’arrive dans la vie… Donc quand j’apprends des choses folles ou illégales dans le milieu du foot, je préfère en rire car sinon, tu termines en dépression. Il faut imaginer que 60 à 70% des décisions prises, notamment dans les transferts, n’ont rien à voir avec le sportif. C’est terrible, terrible. C’est un monde rempli d’escrocs et comme me le disait un confrère spécialiste du milieu mafieux, il y a plus d’omerta dans le milieu du foot que dans le milieu de la voyoucratie ! Ça veut tout dire.

Aujourd’hui, le foot tunisien est sur la sellette après l’organisation avortée de cette Supercoupe au Qatar. Sachant qu’un journaliste ne cite jamais ses sources, vous avez présenté plusieurs documents pour appuyer vos dires. Un grand travail d’investigation a été accompli. C’est toute une équipe qui était avec vous ?

Non, non, je suis tout seul au final. Par contre, ce que je peux vous dire, c’est que cette affaire a alerté beaucoup de monde au niveau international, et qu’on est seulement au début. Je remets toutes les pièces du puzzle pour montrer au peuple tunisien les vrais enjeux derrière cette Supercoupe, et qui est réellement qui dans l’affaire. Vous allez voir, c’est un sacré jeu de pistes, avec pas mal d’argent en jeu pour certains.

Pourquoi le choix s’est-il porté aujourd’hui sur la Tunisie ?

De m’intéresser à la Tunisie ? Cela faisait longtemps que je voulais faire un sujet autour du football au Maghreb/Afrique du Nord, donc… Je suis allé en Corée du Nord, en Chine, en Amérique Latine, j’ai fait des sujets autour de l’Irak ou du Liban, donc il fallait bien changer de zone géographique un jour. C’est quelque chose dont j’avais envie, même si je préférerais parler des forces culturelles et historiques de ce beau pays que de ce genre d’affaires où des gens ont pris en otage ce si beau sport.

N.A

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