Billet d'humeur

Quand francophonie rime avec francophobie

L’amalgame confond la francophonie avec la francophilie, péché mortel commis par la maladie infantile de Rached Ghannouchi. Pour le Cheikh, plaquer l’étiquette « hizb frança » suffit à clouer Bourguiba au pilori.

En l’an 1957 et au lycée Carnot, Kateb Yacine, l’écrivain algérien prononce une conférence. Il commence par laisser jouer un troubadour à la gloire de la résistance. Puis l’auteur de Nedjma, un roman inspiré de Zouleikha son aimée, donne libre cours à sa verve à la fois révolutionnaire et littéraire. Arrêté, emprisonné, torturé dans les années 45, il tire son exubérance de l’expérience.

Soudain, il voit un dénommé Lengliz par ses collègues zeitouniens, se dresser de manière ostentatoire et spectaculaire. Ce tribun en colère se met à interpeller sans ménagement le conférencier : « Vous vous dites opposé au colonialisme français et vous écrivez en langue française ? ».

Serein sûr de lui, Kateb Yacine répond : « Si un soldat français braque vers vous son arme, allez-vous refuser de vous défendre parce que le fusil que vous tenez entre vos mains est de fabrication française ? ».

Pour Kateb Yacine, la langue française est une arme apte à contrer le colonialisme français. Pour Bourguiba, lire Victor Hugo ou Vigny, introduit au pavillon de la culture universelle. Le Cheikh jette le bébé avec l’eau de bain et par sa confusion, il tend la main aux frères musulmans pour opposer son veto à l’enterrement de Kateb Yacine en Algérie, pays de l’écrivain, enterré chez lui à la barbe du FIS et compagnie.

Dans vingt ans, dans cent ans, qui fera encore honneur à l’Algérie et à sa révolution ? L’obscur Belhadj ou le brillant Kateb Yacine ?

K. Zamiti

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