Culture

Pourquoi j’ai choisi la vie d’artiste, par Kais Ben Farhat

« Pourquoi as-tu choisi la vie d’artiste ? », me demanda-t-elle… Je répondis avec joie, une épine dans le cœur :

« Eh bien tout simplement parce que je ne peux mener la vie d’un homme ordinaire qui se réveille à six heures du matin pour aller bosser pendant huit heures de suite, avec juste un laps de temps pour manger calmer sa faim de nicotine et de caféine, se taper enfin le stress de la circulation pour retrouver la chaleur familiale, jouer avec ses enfants, coucher avec sa femme puis dormir et refaire ceci chaque jour pendant toute une semaine, attendant impatiemment le week-end pour sortir boire un coup avec ses amis et aller parfois au restau, voir la mer quelques minutes et voir ses parents et cousins quelques autres petits instants…

Je ne peux pas mener ce genre de vie qui va éteindre le feu en moi… Pour ma part, mon estomac me rappelle qu’il faut manger et boire du café cinq fois par jour, et mon corps réclame un verre chaque début de soirée. Par ailleurs je ne peux pas me réveiller à six heures du matin chaque jour car il m’arrive de ne pas fermer l’œil de la nuit plus d’une fois par semaine, et j’en ai besoin pour écrire mes textes dans lesquels je décris mes insomnies et mes amours déchus…

J’ai besoin de m’arrêter en voiture pour prendre mes photos qui font de l’air que je respire un air plus appréciable, et qui font de ma vie une existence plus vivable, aussi douloureuse soit-elle. J’ai besoin de travailler pour m’amuser et financer mes dépressions et non pour haïr mes fins de journées et mon patron. Je claque après l’argent gagné dans les soirées arrosées et les vêtements de sport afin de m’amuser encore et encore, j’ai besoin d’aller voir toutes les expositions de la ville, regarder des peintures puis décrire en poésie ces beautés que je vois.

J’ai besoin de sortir à deux heures du matin acheter un café et photographier les chiens errants, faire un tour en voiture et puis rentrer écrire ce que j’ai vu et décrire seconde par seconde ce que j’ai ressenti pendant cette rupture de sommeil. J’ai besoin aussi de vivre mon amour pour ma famille et mes chiens, j’ai besoin de voir la mer plus d’une fois par semaine, et sortir faire la fête presque quotidiennement pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui passe et dévore ma santé et ma jeunesse nuit après nuit.

J’ai besoin d’exposer les photos que j’ai accumulées pendant l’année précédente pour mieux commencer la saison artistique de l’année en cours, j’ai besoin de lire à haute voix tout ce que j’ai eu la chance d’écrire lors de ces longues nuits d’ivresse dans des clubs de poésie et des rencontres artistiques afin que le public en réclame davantage et afin que je puisse calmer ma rage, j’ai besoin de chanter et de crier, j’ai besoin de rencontrer des gens, un maximum de gens de tout âge et de toutes cultures, les inviter à sortir prendre un verre et parler art, vie et poésie, les photographier et rentrer après chaque sortie écrire sur ces personnes magnifiques.

J’ai besoin d’écouter de la musique tout au long de la journée, sans trêve, afin de déguster chaque moment de ma vie et pour ne pas sentir le temps qui passe si rapidement et qui dévaste tout sur son passage, j’ai besoin de voir des films et lire les recueils les plus fous pour un être assoiffé de poésie. Pour conclure j’ai besoin de cet art que je respire, cet art qui consiste à prendre les photos que je ressens et écrire ces textes qui me parlent et qui décrivent la vie comme je la vois mélancoliquement… Voilà pourquoi j’ai choisi cette vie »

« Ne comptes-tu pas te marier, fonder une famille ? », s’interrogea-t-elle.

« Les femmes je préfère les admirer, les aimer de loin, les enfants je préfère jouer avec, et la vie de famille n’est guère dans mes priorités, je suis si peu responsable »

« Et l’argent, qu’en fais-tu ? »

« J’en gagne mais pas sur la continuité, ça m’arrive de travailler, d’avoir plein de sous mais vite les dépenser dans les plaisirs de la vie, je compte faire un projet, un studio, mais pour continuer ma vie d’artiste et non pour vivre tel un homme ordinaire »

« Et l’avenir »

« L’avenir ma chère est incertain même pour ces pères de famille qui vont se réveiller tout à l’heure à six heures du matin »

« Quelle riche existence qui est la tienne », me réclama-t-elle. Je lui rétorquai tristement : « Aujourd’hui c’est beau, mais demain reste incertain».

Texte et Photographie Kais Ben Farhat

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