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Portrait : Maroua Chebbi, de Tunis à l’académie du FC Barcelone

Vous ne la connaissez sûrement pas mais Maroua Chebbi fait partie de ces rares femmes à consacrer leur vie au football. C’est dans son quartier à Menzah 7 que Maroua a commencé à taper dans un ballon avec ses amis garçons. Son point fort ? un pied gauche maradonesque.

Beaucoup lui prédisaient alors un avenir certain en football professionnel. Les années passèrent et la prodige a fini par rejoindre la section féminine du Tunisair Club. Son talent n’est pas passé inaperçu puisqu’elle a vite été appelée en équipe nationale.

Évoluant au poste de milieu de terrain, Maroua Chebbi a ensuite décidé de franchir le pas en faisant du football son métier. En 2009, elle s’exile au Canada et s’engage avec le Quebec City Amiral SC. Après plusieurs expériences en football professionnel, Maroua est aujourd’hui entraîneur des moins de 12 ans à l’académie du FC Barcelone à Montréal.

Cette passionnée du ballon rond a fait mentir les stéréotypes en alliant féminité et ambition. Entretien.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de jouer au football ?

Mon père est un ex-joueur de foot, mon frère aussi jouait. J’ai chopé le virus dès mon jeune âge car je pouvais pratiquer ce sport partout.

Qu’aimes-tu le plus dans le football ?

c’est un sport d’équipe et ça ne demande pas beaucoup d’argent pour le pratiquer. C’est le sport le plus populaire au monde et en regardant un match comme le Clasico ou des derbies de différents pays, ça me procure du bonheur.

Etant jeune, tu jouais avec les garçons, as-tu été l’objet de moqueries ? as-tu été acceptée facilement ?

En Tunisie, c’est très difficile d’accepter une fille qui joue au foot. On disait que j’étais un garçon manqué et on m’appelait « 3azri ». J’étais stigmatisée à chaque fois que je touchais un ballon. J’étais obligée de m’habiller comme un garçon pour être à l’aise pour jouer et m’amuser. Je ne pense pas qu’une fille puisse jouer avec une robe, ça va de soi. Avant de jouer, les garçons ne connaissaient pas mon niveau, ils étaient sceptiques et réticents. Mais après 10 minutes de jeu, les moqueries se transforment en admiration.

As-tu l’impression que pour les Tunisiens le football est un sport d’hommes ?

Le foot c’est encore un sport d’hommes et cette idée on la trouve partout dans le monde, en témoigne le fossé des salaires entre hommes et femmes. En Tunisie, c’est encore pire. La femme est tout le temps dénigrée qu’elle joue au foot ou pas. L’idée qu’une femme puisse exceller dans n’importe quel domaine n’est pas acceptée.

Bien sûr tout n’est pas noir, je dresse juste un constat général. D’ailleurs mon équipe Tunisair club a été dissoute, cela en dit long. Maintenant en Europe, on voit de plus en plus de grands clubs comme le Barça, Lyon ou PSG investir dans la section féminine.

Tunisair (TAC) a été ta première expérience dans le foot féminin, comment tu as intégré cette équipe ? 

J’ai signé mon premier contrat avec le TAC à l’âge de 16 ans. Au début, j’ai évolué comme arrière gauche et comme j’étais une joueuse technique, le sélectionneur national a proposé à mon entraîneur de me faire jouer comme milieu de terrain. La première saison, je n’ai marqué qu’un seul but lors de la phase aller. Ensuite quand j’ai changé de poste j’en ai marqué 19 lors de la phase retour finissant deuxième meilleure buteuse. J’ai par ailleurs gagné la coupe de Tunisie en 2009 en marquant le but de la victoire en finale.

Tu as ensuite rejoint l’équipe nationale, avec du recul, comment juges-tu le niveau du foot féminin en Tunisie ?

J’ai été sélectionnée pour la première fois à l’âge de 17 ans. J’ai participé à la CAN 2008 en Guinée équatoriale. C’était une très belle expérience mais le problème avec l’équipe nationale c’est l’absence de structures. Il n’y a ni stratégie ni continuité : des fois les stages se succèdent et parfois c’est le néant pendant des mois. Au début, la progression de l’Equipe Nationale était impressionnante. On avait une équipe compétitive mais ça n’a pas duré à cause de la mauvaise gestion au niveau de la direction technique.

Qu’est ce qu’il faut pour que le foot féminin décolle enfin en Tunisie ?

Pour que le foot s’améliore en Tunisie il faut d’abord une volonté politique : un plan des matchs avec toutes les catégories, une continuité et surtout de la compétence. Quand je dis compétence, je parle essentiellement du suivi exhaustif des joueuses : préparation physique, nutrition, suivi médical, discipline et l’enseignement des valeurs du sport.

Raconte-nous ton expérience professionnelle au Canada

En 2009, j’ai pris part à un tournoi international à Menton en France avec l’équipe nationale. Il y avait également une équipe québécoise dont le directeur technique allait être nommé à l’Amiral SC de Québec, une nouvelle équipe professionnelle qui a intégré la ligue USL (une ligue mixte ente les USA et le Canada comme la NBA et la MLS).

Il m’a vue jouer et était intéressé par mon profil. J’ai accepté sa proposition et j’ai joué pendant l’été avec cette équipe. Ensuite tout s’est enchaîné. Des universités canadiennes m’ont contactée en m’offrant une bourse d’études. J’avais aussi une offre de l’équipe de Tampa (en Floride) mais quand je suis rentrée en Tunisie j’ai trouvé ma mère gravement malade. J’ai donc décidé de prendre une année sabbatique pour m’occuper d’elle. Après j’ai opté pour l’université Laval en 2010.

Quel est ton meilleur souvenir dans le football ? 

Le but de la victoire contre l’Algérie pour la qualification de la coupe d’Afrique. J’avais tiré le coup franc et ma coéquipière à marqué le but à la 92e minute. J’étais tellement contente que je ne pouvais plus courir pour le célébrer.

Maintenant tu es entraîneur à l’académie du FC Barcelone, comment as-tu atterri là-bas ?

Un collègue m’a dit que le FC Barcelone aller ouvrir son école à Montréal. J’ai postulé pour le poste d’entraîneur et après 4 entretiens j’ai pu intégrer le staff. Maintenant je suis sous contrat avec le Barça depuis le mois d’avril et je m’occupe de différentes catégories : u10, u12 et u14. C’est plaisant et motivant de côtoyer des entraîneurs espagnols, colombiens, français, etc. Il y a même des entraîneurs qui ont joué la Liga en Espagne avec Maradona ou plus récemment Puyol. Et je suis la seule femme. Rires 

Quels sont tes projets futurs ?

Le futur n’appartient à personne malheureusement, on a beau le planifier mais au bout du compte on suit ce qui se propose à nous. Pour le moment, je suis préparateur physique individuel pour des athlètes de différents sports et je continue à travailler avec le Barça 6 fois par semaine.

 

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