Monde

Pierre Ménès : sans l’amour de ma femme, je ne serais plus de ce monde (interview exclusive)

« Les seuls moments où je voyais l’air libre, c’était quand les ambulanciers venaient me chercher. » Chroniqueur, consultant emblématique du Canal Football Club sur Canal+, Pierre Ménès raconte son combat contre sa maladie, son courage et comment il a retrouvé son humour.

Le discours sportif avait laissé place aux confidences. Le commentateur du ballon rond se confie à nous pour parler de sa nouvelle philosophie, comment il avait failli mourir sans la double greffe in extremis, qui lui avait offert un billet pour la vie. Entretien.

Dans quelle catégorie vous aimeriez qu’on vous classe aujourd’hui, celle de journaliste, chroniqueur, président de club…écrivain ?

écrivain de temps à autre…Chroniqueur c’est bien.

Pierre, pierrot, M. Menés ?

Pierre, c’est bien. Pierrot quand j’étais jeune, je n’aimais pas trop et puis je me suis plié à l’avis de la majorité.

Une idée sur la Tunisie d’aujourd’hui sachant que vos origines vous permettent d’être sans doute sensible à ce qui se passe dans le pays.

J’ai l’impression que la situation est un tout petit peu difficile sur le plan économique. Je ne suis pas certain que le pays aille beaucoup mieux depuis qu’il s’est débarrassé de Ben Ali, même ce que faisaient cet homme et sa famille, était inadmissible. Maintenant est-ce que le pays est plus démocratique, je ne suis pas certain.

Que pensez-vous d la femme tunisienne ? Est-ce qu’elle a changé depuis ?

C’est à vous de répondre à cette question en tant que femme. Est-ce qu’elle était plus libre du temps de Ben Ali ou elle l’est plus aujourd’hui ? C’est-à-dire qu’il y a aujourd’hui une plus grande liberté d’expression que les femmes ont actuellement. C’est un acquis et avec cette liberté on peut avancer. Tant mieux parce que cela n’est pas certain dans le cas de plusieurs autres pays arabes. Sachez bien utiliser cette liberté.

Nous avons appris que vous avez des origines tunisiennes 

Oui ! Ma mère a vécu en Tunisie, mon grand père était bâtonnier à la cour de Tunis. Il était juif et il avait épousé une catholique dans les années 20. Sa maison était, il me semble, à l’avenue de la République. La seule fois où je suis venu à Tunis, j’ai retrouvé la maison.

Aimeriez-vous revenir en Tunisie ?

Oui beaucoup !

Vous avez subi une double greffe de deux organes vitaux. Une question de vie ou de mort. Votre humour avait même doublé d’intensité par la suite. Dans la vie, joie et tristesse n’ont-elles pas par hasard la même valeur ?

Quand j’étais malade, j’avais perdu cet humour. Pas par inquiétude mais par manque d’énergie. Pour avoir de l’humour, il faut avoir un peu de punch et le punch je n’en avais plus du tout. Et c’est vrai à un moment donné, j’ai eu peur de ne pas redevenir moi-même. Et puis Dieu merci, cela a changé au fil des semaines à force de le vouloir.

Vous avez affirmé un jour « j’étais devenu un légume. Les seuls moments de joie de ma semaine, c’était d’aller aux séances de dialyse ». Quelle est la portée de cette réflexion ?

C’est très difficile de se voir s’éteindre comme une bougie et c’était mon cas et sans l’amour et l’aide de ma femme, je ne serais plus de ce monde, j’en suis persuadé. J’étais dans mon canapé ou dans mon lit toute le temps et c’est vrai que finalement, les seuls moments où je voyais l’air libre, c’était quand les ambulanciers venaient me chercher pour m’emmener en dialyse.

C’était une promenade agréable paradoxale.. inconsciente ?

Oui, surtout à l’aller car au retour, j’étais épuisé et je m’endormais en général.

Vous avez parlé de l’incroyable bonté de votre donneur, celui qui vous a redonné la vie… Est-ce que ce geste était à l’origine d’une « deuxième mi-temps » ?

Il est plus que certain que si je n’avais pas reçu ces organes de ce donneur, je ne serais plus là aujourd’hui. Après, « l’incroyable bonté », je ne suis pas certain que ce soit du donneur à moins qu’il ait été inscrit sur la liste de donneurs. Mais sa famille c’est sûr !

Donc c’est l’incroyable bonté de la famille

Il faut être conscient d’une chose, c’est que, pour avoir des greffés, il faut qu’il y ait des donneurs.

Une deuxième mi-temps, on pense très vite au sport alors que cela n’a rien à voir lorsqu’on lit le livre. Est-ce pour vous, c’est une deuxième mi-temps de vie ?

Oui, mais c’est surtout un titre. Parce que dans la vie, je ne vis pas ça comme une deuxième mi-temps. J’ai repris le cour d’une vie normale. J’avoue que je pense assez peu aux épreuves que j’ai vécues et ça c’est la force de mon caractère. Je suis comme je suis, avec le mental que j’ai. Je suis passé au dessus. Je ne pense à ma maladie que lorsque je donne une interview.

Le fait que l’organe provient d’un don est un puissant stimulant dans la volonté de survie. Ressentez-vous cette volonté d’être à la hauteur de ce don ? En tant que gardien de quelque chose qui vous a été confiée ?

Franchement non. Cela ce sont des mots…il y a un médecin qui m’a dit avant la greffe que ces organes ne seront jamais les tiennes, ce sont celles d’un autre. Je n’ai jamais vécu cela comme ça. J’ai toujours pensé qu’on m’avait changé deux pièces dans mon moteur. Et que c’était mon moteur qui faisait fonctionner la machine.

Aujourd’hui, mettez-vous votre notoriété au service d’une cause ?

Oui, mais pas d’une cause précise parce que je ne veux pas être l’esclave d’une association. J’essaie de répondre à plusieurs demandes qu’elles soient particulières ou associatives.

Une nouvelle philosophie ?

Oui, j’ai juste accepté de communiquer sur un médicament. Sur un produit pharmaceutique belge « le Lifasin » qui est un médicament qui fait baisser d’une façon spectaculaire les deux facteurs annonciateurs d’une cirrhose.

Evidemment si j’avais pris ce médicament quand j’étais malade, il n’y aurait eu aucune incidence sur mon état. C’est préventif et important parce que l’urgence était de diminuer le nombre de personnes contraintes d’arriver à la greffe.

Dans un pays comme la Tunisie qui encourage le don d’organes et où des milliers de personnes en souffrance attendent une greffe urgente sans rien voir venir. Ils meurent souvent sans avoir la chance de vivre votre belle et émouvante histoire. Quel serait votre message aux Tunisiens qui n’acceptent pas l’idée de devenir donneurs ?

Pour moi, Il est facile de répondre car je suis athée et je n’ai pas de croyance religieuse. Mais quand la croyance religieuse devient un frein à la vie, elle n’a pas de poids. Je pense qu’il y a des gens qui doivent avoir une foi incroyable en Dieu, s’ils ont besoin d’un organe, ils seront les premiers très heureux à le recevoir. Je suis tout à fait prêt à venir en Tunisie pour parler du sujet.

Est-ce que vous seriez donneur, si c’était le cas ?

Pour être franc, avant d’être malade, je ne me suis jamais posé la question. Je n’avais pas d’avis et je n’étais ni pour ni contre. Je ne me sentais pas concerné. Aujourd’hui, je réponds oui.

En Tunisie, il y a un choix pour devenir donneur d’organes une fois qu’on n’est plus de ce monde. On peut le mentionner sur la carte d’identité. Est-ce que vous encouragez cela ?

En France, cela est devenu obligatoire depuis janvier 2017.

Vos projets futurs ?

Je suis en train de travailler sur mon premier film que j’ai écrit et que je devrais mettre en scène. Je suis en pleine période de financement avec le producteur. Ce film a pour titre « Un mec normal » et il parle de la télé. Pour le reste,  je continuerai à consacrer ma vie pour le football puisque c’est ma passion.

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