Culture

Papa Hédi, le célibataire prolifique

Claire avait 20 ans quand elle a découvert dans un taxi une très belle chanson. En demandant au chauffeur qui était ce chanteur à la si belle voix, ce dernier lui avait répondu Hédi Jouini. « Mais c’est mon grand père !!! ».

Claire ne savait pas qu’il était le « Frank Sinatra » du monde arabe. 20 ans après sa mort, la musique de Hédi Jouini résonne encore dans la mémoire collective des Tunisiens. Hédi Jouni, à travers les yeux de Claire, sa petite-fille britannique qui s’est mise à la recherche des traces de l’esprit de « Papa Hédi ». C’est une passionnante histoire d’amour déchiré, de famille éclatée, de célébrité paradoxale mais authentique, d’héritages public et privé. Un portrait de légende nommée Hedi Jouini.

Ce dernier représente dans la mémoire collective, la star la plus populaire de l’histoire de la musique tunisienne. Surnommé le « Frank Sinatra de Tunisie », ses chansons touchent toutes les franges de la société tunisienne depuis l’indépendance jusqu’à nos jours. Mais pourquoi a-t-on caché sa renommée à sa petite fille, partie vivre à Londres avec ses parents ? « Papa Hédi The man behind the microphone » révèle l’incroyable histoire d’un homme et sa musique. Une plongée dans la vie impressionnante et fascinante est offerte au public sur l’évolution culturelle de la Tunisie.

Le film, construit un portrait profond du parrain de la musique nationale. Un père pour la nation mais pas toujours pour sa famille L’avant-première de ce film documentaire était impressionnante. « L’amateurisme » professionnel de la petite fille de l’artiste déchirée entre ses racines tunisiennes et son identité anglaise a contribué à la beauté de l’image. Lors de la représentation, elle avait confié qu’elle était si « heureuse d’être en Tunisie pour présenter son film dans les salles de cinéma. Ce film a été un travail de longue haleine, de plusieurs années, produit principalement en Angleterre. Mais ce qui a vraiment permis au film d’exister, c’est la participation de la Fondation Rambourg ».

L’histoire du film y est biographique, très personnelle. Une histoire intime mais qui a une résonance collective. « Parce que nous avons tous une vie de famille, nous avons tous eu quelqu’un qui nous a manqué, nous nous posons tous des questions sur notre identité, individuelle ou collective. Tout a commencé en 2009. J’ai fait mes premières recherches pour trouver des archives, des photos, écouter de la musique… et puis l’idée s’est peu à peu formée. » Le film a vu enfin le jour avec la voix accompagnatrice de cette petite fille qui confie qu’avec le temps « Je me suis rendu compte avec mes producteurs que dans le film, il fallait que ce soit moi qui raconte l’histoire à travers mon point de vue… C’était un événement très émouvant, où j’ai commencé à vraiment comprendre l’importance de la musique de mon grand père, de sa longévité et comment les chansons étaient construites. C’est aussi à ce moment là que j’ai trouvé beaucoup de personnages pouvant enrichir les le texte et les événements du film. J’ai alors commencé à faire des interviews. C’était un peu embarrassant pour moi, ils connaissaient tous la vie de mon grand-père mieux que moi… Mon handicap était aussi au niveau de la langue. »

Dans le film l’exploration des contradictions défilaient en même temps que l’évolution de l’histoire entre l’image publique et l’image privée. « Ce qui m’intéressait, c’était le sacrifice de la famille pour pouvoir vivre cette vie d’artiste. C’est le cas de beaucoup de personnalités publiques, mais j’étais très émue quand ma tante Afifa me disait que la famille avait compris qu’elle devait partager son papa avec le public. L’expérience de mon père est celle du fils aîné. Il était en quelque sorte le père de substitution… ». En effet, dans le film, Farid, ce fils aîné, explique qu’il a fait tout ce que son père aurait dû faire. « Mon père a toujours été attiré par l’Angleterre, par la culture et le mode de vie occidentaux, comme son père « Papa Hédi » qui a toujours voulu faire sa vie en Europe depuis son très jeune âge.

La vie privée et publique de l’artiste est saisissante. « J’ai comme le sentiment d’avoir donné une voix à ma grand-mère, une plate-forme pour montrer qui était la femme derrière l’homme au micro. En tant que famille plutôt extravertie, ils ont eu une chance de parler et de s’exprimer. Moi, j’étais plus réticente, pourtant j’ai étudié l’art dramatique! Mais je l’ai abandonné parce que j’étais trop timide. Participer au film était pour moi une sorte de performance. »

Mais une question se pose, comment cette jeune femme a-t-elle pu aujourd’hui être une forte protagoniste dans le film ? « J’étais tellement décidée à trouver la manière juste pour raconter cette histoire qui était la mienne. Je savais que c’était la bonne manière d’engager le public et de l’embarquer dans l’histoire. » Un film poignant, véridique qui nous fait découvrir ce que sans doute personne n’a jamais su. Nous avons découvert la souffrance et la frustration de Nénette, l’épouse de Hédi Jouini. Il l’avait rencontrée dans le cercle musical tunisien. Sa voix et sa beauté l’avaient envoûté. Son union avec cette femme était presque impossible, mais l’amour a eu raison de lui. Elle était juive et cette union n’avait jamais été légitimée par un contrat de mariage.

Cette femme voulait être artiste et comédienne. L’arrivée de plusieurs enfants et la jalousie maladive de son mari artiste, l’avaient condamnée à la maison. Un film documentaire venu enrichir le patrimoine culturel tunisien mais bizarrement, il n’avait pas eu le soutien des autorités tunisiennes. La réalisatrice du film affirme qu’elle avait même « candidaté 5 fois au ministère de la Culture pour subvention. J’ai même rencontré la ministre du Tourisme, qui était pourtant très positive. Elle avait promis le soutien de la Tunisie, mais le film fût écarté deux semaines avant le tournage. Finalement, J’ai eu un soutien tunisien à travers la Fondation Rambourg. Hédi Jouini est une légende de la Tunisie et un géant la culture tunisienne. Avoir une participation tunisienne était capitale. J’avais réussi à mener le film jusqu’au premier montage grâce une équipe anglaise. Avoir eu également Olfa Rambourg avec moi a été déterminant. C’est une personne qui comprend vraiment l’histoire de la Tunisie. Sa raison d’être. En fin de compte c’est une femme qui m’a aidé.

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