Billet d'humeur

Morceaux de Nabeul, retranscrits par deux Français

Christiane et Camille sont deux professeurs français spécialisés en mathématique et en lettres françaises. Ils se sont installés en 2016 en Tunisie pour enseigner dans un lycée français. Le couple a eu le coup de foudre pour le pays. Ils ont par la suite élu domicile à Nabeul où ils avaient senti un charme si particulier.

Christiane et son mari sont tous les jours de plus en plus séduits par la ville, la campagne, les gens et tous des moments vécus, observés. Christiane, férue d’écriture, a voulu éterniser ces émotions et moments uniques qu’elle était en train de vivre avec Camille. Un jour, elle voulut mettre en pratique son idée dans un ouvrage en confiant le projet à son mari.

Comme il n’en faut pas beaucoup pour Christiane pour se lancer dans son nouveau projet, douze moments ont été transcrits simplement et magiquement. Une sélection de situations qui nous plonge comme dans un rare livre tout en savourant et en vivant différentes aventures aux mille couleurs. Une lecture exquise est née et qui commence dans le jardin de leur maison.

Le palmier

Hier matin nous nous sommes promenés à la plage. La mer, le ciel, tout était calme. Au retour, nous avons vu des palmiers. L’un d’eux avait ses racines à l’air, car l’oued avait emporté le sable. Camille m’a expliqué : Ses racines sont plus grandes que sa tête. J’ai pensé : Le plus important ne se voit pas. Ce qui tient un homme debout, ce sont ses racines.

Rue de Sousse

La semaine dernière, je voulais aller rue de Sousse pour déposer un dossier. J’ai marché longtemps, mais je n’ai pas trouvé la rue. J’ai demandé à une femme qui m’a dit : C’est par là-bas. J’ai encore marché, mais je n’ai pas trouvé la rue. J’ai demandé à un chauffeur de taxi, qui ne savait pas. J’ai demandé à un chauffeur de bus qui m’a dit : C’est en face. Je suis allée en face, mais je n’ai pas trouvé.

Un vieux mendiant m’a demandé :

-Tu cherches quelque chose ?

– Je cherche la rue de Sousse.

Avec sa canne, il m’a montré : d’ici jusque là-bas, c’est rue de Sousse. Tu y es ! Parfois nous cherchons l’entrée du Paradis, alors qu’on y est déjà.

La plage

Ce matin, je suis allée me promener. Sur la plage, il y avait beaucoup de déchets : des papiers, des bouteilles, des bidons en plastique de toutes les couleurs, des boîtes de conserve. Il y avait même une bonbonne de gaz rose, qui flottait comme une bouée. Ce monde peut partir en fumée : les civilisations disparaissent, les déchets restent.

Au marché

Quand on se promène au marché, c’est un vrai spectacle. Les uns vendent de vieux vêtements. D’autres vendent des chaussures presque neuves ; d’autres encore des machines qui marchent encore. Il y a des épices pour tous les goûts : du curcuma, du cumin, du piment qui pique.

On trouve des pommes de terre et des carottes de Jedidi, des dattes de Tozeur, des grenades de Gabès, du poisson de Beni Khiar. On trouve des légumes verts, des fruits secs, de la viande et des gâteaux. Les uns crient, les autres marchandent. Tout le monde vient pour acheter un peu de rêve.

La voix des ancêtres

Nous déambulons dans les ruelles de Douga, le regard curieux. Nous découvrons ici une villa romaine, et ses tapis de mosaïques, là un four de potiers, là-bas des thermes.

Les colonnes du temple se découpent sur le ciel, comme il y a mille ans. Nous imaginons le bruit des pas et des charrettes sur les pavés. Le guide nous offre une brassée d’eucalyptus. Sur le chemin, je cueille de la sauge. Pour moi, le parfum de la sauge, c’est la voix des ancêtres.

L’œuvre au noir

Il y a un an déjà, à notre arrivée en Tunisie, mon amie Nadia me demande : Tu connais la corète ? Elle m’explique que c’est un plat spécial qu’on prépare à l’occasion du premier jour de l’An. Elle me le fera goûter.

Le jour de l’An arrive. Nadia nous présente un plat de viande fumant et nageant dans une sauce noire ! Plus tard, nous avons retrouvé la corète, une plante discrète, qui pousse à l’abri des palmeraies. J’imagine la patience des femmes pour la rendre comestible : planter, récolter, sécher, broyer, préparer, mijoter pendant des heures. L’œuvre au noir, c’est la lente alchimie de l’imagination et de l’obstination d’un peuple pour survivre.

L’élixir de jouvence

En mars et en avril, un parfum envoûtant flotte sur la ville, car c’est l’époque où on distille la fleur d’oranger. Les alambics fument dans les campagnes. Au bord des routes, des boutiques s’improvisent. Des charrettes de fleurs arrivent de toutes parts.

Puis ce sont des camions de roses, ensuite vient le tour des géraniums. Devant le miroir, on se prendrait pour Didon ou Néfertiti avec ces eaux pour le visage, ces crèmes pour le corps, ces huiles pour les cheveux : un vrai patrimoine immatériel ! Je n’ai pas trouvé l’élixir de jouvence, mais je continue à m’émerveiller chaque jour.

La Tunisie

La Tunisie est un pays souriant. Les gens y pratiquent l’antique vertu de l’hospitalité, toujours prêts à rendre service. Ce pays a de nombreux atouts : un climat méditerranéen, des plaines fertiles, et 1200 kilomètres de plage.

On y trouve de l’élevage et de l’aquaculture. Dans ce pays, les gens cultivent un véritable art de vivre. On le voit dans les maisons, dans les jardins, aux terrasses des cafés.

C’est le seul pays où les femmes sont égales aux hommes. C’est le seul pays où un homme met volontiers une fleur derrière l’oreille, qu’il soit paysan ou maçon. C’est le seul pays où le passé se traduit avec autant de force et l’avenir avec autant d’espoir. Un grand merci à nos amis pour leur accueil.

les commentaires

comments

Les plus populaires

En Bref est un magazine qui facilite l'accès à l'information. Monde, national, hi-tech, économie, sports, buzz : En Bref est l'outil adéquat pour que rien ne vous échappe de l'actualité.

En Bref vous fait gagner du temps en passant au crible toutes les news crédibles pour en garder les plus pertinentes. En Bref est décliné en versions web et mobile (Android).

En Bref, l'info autrement.

Nous contacter : enbref.tn1@gmail.com

Copyright © 2015-2017 EnBref. Powered by ThrustWork.