Billet d'humeur

Moi, raciste ?

Le rideau vient de tomber sur l’adoption d’une loi, unanimement saluée en Tunisie et dans le monde, contre les discriminations raciales, un texte en conformité totale avec la Constitution et les conventions internationales. Elle est votée pour protéger une population longuement fragilisée qui souffrait d’une précarité certaine et pour préserver la dignité de l’être humain et corroborer l’égalité entre tous.

Cette loi vient à point nommé pour mettre entre parenthèses des incidents à caractère clairement raciste qui sont venus émailler la vie de la cité. Des membres de la communauté africaine vivant en Tunisie ont été la cible, les victimes d’une conduite discriminatoire et d’un comportement xénophobe. Il n’en reste pas moins aussi que des propos proférés publiquement et des actes répréhensibles ont été commis par des Tunisiens dans une indifférence coupable, même si une plainte était déposée. L’intolérable s’est parfois banalisé, franchissant ainsi le Rubicon par le caractère répétitif, pernicieux des menaces verbales et parfois physiques à l’encontre des Africains de l’Ouest vivant parmi nous. Insultes, moqueries sexistes, attouchements… viennent noircir ainsi un tableau déjà bien sombre.

Il n’y a qu’un pas entre la violence des mots et celle des actes. Désormais, ces attitudes et agissements, rattrapés par cette loi, seront surveillés, scrutés et surtout punis. Une question lancinante reste pourtant posée. Le Tunisien est-il raciste ? Des images de la vie quotidienne donne parfois une vérité parcellaire, de l’existence d’une ségrégation latente et un racisme patent, stigmatisant souvent le Tunisien à la peau noire, sans verser par conséquent, dans aucune généralisation. Des cas ont été parfois rencontrés dans le sud du pays et nos compatriotes noirs ont été rarement à l’honneur dans l’administration ou l’audiovisuel.

La situation des citoyens africains est piètrement encore plus compliquée. La route reste encore très longue pour un apprentissage du respect de l’Autre, un travail de sensibilisation en profondeur est nécessaire au quotidien pour l’acception de la différence, pour apprendre le vivre-ensemble dans une Tunisie d’aujourd’hui, où plusieurs communautés revendiquent des droits inaliénables et nettement établis. Au temps de cette mondialisation, le pays a de sacrés problèmes avec l’universel. Un repli identitaire est constaté chez certaines franges de la société, alimenté et développé lors de certains prêches dans les mosquées.

Ces relents communautaristes prennent parfois des allures xénophobes imprégnées de racisme. Des expressions telles que juifs, chrétiens, roumi… foisonnent dans le lexique de certains imams et sont souvent péjorativement suggérées. Le ton sermonneur de certains prédicateurs à ce sujet, est de nature à nourrir l’intransigeance, l’intolérance chez les fidèles dans un pays qui se veut cosmopolite, multiconfessionnel et antiraciste. Un espace où l’Autre bénéficie et jouit de ses différences. Une matière est donnée à tous les intellectuels pour approfondir ce travail. Le débat est lancé.

H.A

les commentaires

comments

Les plus populaires

En Bref est un magazine qui facilite l'accès à l'information. Monde, national, hi-tech, économie, sports, buzz : En Bref est l'outil adéquat pour que rien ne vous échappe de l'actualité.

En Bref vous fait gagner du temps en passant au crible toutes les news crédibles pour en garder les plus pertinentes. En Bref est décliné en versions web et mobile (Android).

En Bref, l'info autrement.

Nous contacter : enbref.tn1@gmail.com

Copyright © 2015-2017 EnBref. Powered by ThrustWork.