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Mehdi Rebai : ne détestez pas la politique, devenez la politique !

Mehdi Rebai, 37 ans, est un des leaders d’Afek Tounes. Politicien mais également membre et activiste dans une dizaine d’associations et très intégré dans la société civile, Mehdi Rebai mise sur la jeunesse tunisienne. Il veut redonner espoir à tous ces jeunes qui ont perdu foi en la politique et en leur pays. Interview

Les Tunisiens s’intéressent de moins de moins à la politique, les derniers sondages montrant de faibles taux d’intentions de vote pour les élections municipales. A quoi cela est-il dû ?

L’action. La politique manque d’action. Durant six années, nous avons eu droit à trop de discours et pas assez d’action. Pendant que les politiciens négociaient le partage du pouvoir dans les couloirs, les classes les plus fragiles se prenaient en pleine figure l’inflation et l’augmentation du coût de la vie. La démocratie a un prix, nous le savons tous, mais ce sont les classes populaires et les classes moyennes qui sont en train de le payer au prix fort et ça doit cesser.

Quand on fait de la politique, on doit trouver des solutions et les mettre en action. Manifestement, la génération politique qui nous gouverne depuis 30 ans n’est pas capable de trouver les solutions pour la Tunisie de 2017. Il n’y a rien à espérer et rien à attendre de cette génération politique là. Mais une nouvelle génération politique est en train de se positionner, une génération qui ne souffre pas des idéologies et des clivages du passé. Plus nous serons nombreux, plus nous serons engagés et plus nous aurons un impact fort et rapide. Si j’ai un seul message à dire à tous les jeunes qui sont déçus de l’ancienne génération : Ne détestez pas la politique, devenez la politique !

Devenir la politique oui, c’est facile à dire, mais nombre de Tunisiens pensent que la révolution n’a pas tenu ses promesses. Par exemple, les chiffres du chômage sont toujours élevés en particulier chez les jeunes et beaucoup critiquent ces derniers qui passent leurs journées aux terrasses des cafés au lieu de se battre pour trouver du travail. Quelle est la position de votre parti – qui croit dans l’initiative personnelle – en ce qui concerne ce phénomène ?

Est-ce que vous pensez que nos jeunes préfèrent voir la vie passer plutôt que d’être les maîtres de leur destin? D’abord, nous n’avons pas tous les mêmes chances face au marché du travail. Nos jeunes rêvent d’un travail décent. Un travail qui soit rémunéré correctement, avec des perspectives d’avenir solides comme nos parents ont eu la chance d’en avoir.

Personne n’est motivé par un travail qui ne permet pas d’épargner, de voyager et de vivre à la hauteur de ce que la vie leur promet. Nos jeunes réussissent partout dans le monde. La politique doit leur permettre de réussir en Tunisie. Et sans une politique de l’emploi et de l’initiative nous allons sacrifier une génération entière. Le temps des diagnostics et des analyses est terminé, place à l’action. Une action débarrassée des calculs de couloirs et des alliances contre nature.

A propos d’action politique, un nouveau front parlementaire vient d’être constitué par Afek, Machrou, le bloc Wataniya et quelques députés Nidaa. Ce « Front centriste progressiste » représente la troisième force parlementaire du pays. Pourquoi Afek s’est embarqué dans cette aventure ?

C’est justement la première pierre pour édifier cette nouvelle génération politique. Une alliance objective entre des forces politiques rationnelles qui ne sont pas prisonnières des idéologies et du passé. La priorité de ce front parlementaire est de corriger l’agenda de l’assemblée.

L’ordre selon lequel les lois sont votées est en total déphasage avec la réalité des Tunisiens. Lorsque la cherté de la vie devient insupportable, la priorité est de voter la loi d’urgence économique qui aurait permis de freiner l’inflation et la chute du dinar. Les deux blocs parlementaires dominant ont agi selon leur propre agenda et ont fait voter au forcing la loi de réconciliation qui n’était pas une priorité après 23 ans de despotisme.

Afek Tounes n’a pas appuyé la dernière version du projet de Loi de Finances. D’ailleurs, ce projet a été refusé par la majorité de la classe politique. Quelles sont les recommandations d’Afek Tounes pour la prochaine version ?

Une Loi de Finances peut bâtir des nations ou les détruire. Ce n’est pas de la compatibilité où l’on essaye de boucler le budget de l’Etat en bouchant les trous sur le dos des salariés et des travailleurs. Et c’est le problème depuis 30 ans. L’investissement public est l’un des premiers moteur de relance de l’emploi, or ce projet de Loi de Finances réduit l’investissement public comme une peau de chagrin et consacre les privilèges des économies de rente… Et toutes nos recommandations insistent sur ce point : les finances publiques doivent servir tous les Tunisiens et non les groupes de privilégiés.

Nous entamons avec vous, une nouvelle tradition, ce sont les 3 questions « Culture ». Vous devez répondre au tac-o-tac sans temps de réflexion ! Prêt ?

Toujours !

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

« Le prix de l’engagement politique dans la Tunisie autoritaire » de Michael Ayari. Ce livre nous révèle qu’une certaine génération politique vis toujours dans les années 1970.

Quel est le dernier clip que vous avez regardé sur Youtube ?

Le nouveau titre du rappeur tunisien GGA « Ach Bich Yofodha », mais j’adore les classiques, j’ai toujours « Le journal » de Balti.

Quel est le dernier film que vous avez regardé ?

« Jaida » de Salma Baccar. Ce film nous rappelle le chemin parcouru par notre société pour plus de justice et d’égalité mais nous montre aussi le chemin à parcourir encore et encore !

Asma Moussa

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