Culture

Madame M, la nouvelle pièce signée Essia Jaibi

Et si désormais, nous n’allions plus voir un spectacle, mais plutôt, le vivre ? Devant une pièce de théâtre, en général, nous savons que ce qui se passe sur scène ne nous engage pas. Le spectateur, entouré d’un cocon protecteur symbolique est hors lumière, soustrait aux regards. On n’attend rien de lui, si ce n’est son silence puis ses applaudissements.

« Madame M » est une pièce d’un genre différent signée Essia Jaibi. Avant de commencer, une voix délicate conseille gentiment d’éteindre les portables, de ne pas manger de grains de tournesols ou pire de la « chawarma » et d’aller pisser…. Le public est dérouté… la voix change devient de plus en plus exigeante et ordonne même au public déjà dérouté et confortablement assis à se déplacer pour entrer par une petite lueur d’ouverture, se mêler aux acteurs et s’installer définitivement.

Il fait noir et avec une sorte de sensation troublante, nous sommes enfin assis dans notre nouveau siège. Le public entoure la scène dans une obscure clarté. Une table, un gâteau d’anniversaire avec deux bougies. L’une est allumée, l’autre inerte devant une femme étrange aux cheveux blancs. Elle est entourée de ses enfants. Il y a comme une division salle/scène, déterminant deux espaces fondamentaux : l’un appartenant à l’acteur et l’autre au spectateur. Nous sommes comme dans un piège de discipline étrange.

Dans les nouveaux sièges, nous restons assis comme des écoliers à écouter des leçons de vie. Nous restons silencieux, et attendons jusqu’au bout la fin de l’histoire pour nous libérer. Une dimension immersive qui a permis au public de vivre une véritable expérience participative.

D’un côté il y a Madame M, magistralement représentée par Jalila Baccar. Mère de cinq enfants, veuve et aide-soignante à la retraite. Ils vivent tous ensembles sans jamais se séparer. Madame M a passé sa vie à interagir avec des hommes de passage, oscillant entre raison et sentiments tous azimuts. Madame M parait une bonne mère autour de ses enfants sans doute de pères différents. Ils paraissent travailleurs et discrets.



De l’autre côté, il y a Hager, toujours représentée par une chaise vide de couleur rouge. Il s’agit d’une journaliste de 33 ans, célibataire et travaille pour un média en ligne. Elle semble être indépendante, bosseuse et ambitieuse. L’histoire commence par une rencontre. Celle de la famille M. et de Hager. Un fait divers sur cette famille est transformé en article de presse. Ce dernier aura pour conséquence une tragédie supplémentaire. Dans un décor où le temps s’est arrêté, la pièce devient un théâtre de vie, un lieu où les personnages s’entremêlent, à la lisière du tragique et du comique.

Entre apparence, réalité, vérité et mensonges, entre révélations et non-dits, les nœuds s’entremêlent en effet pour exprimer les injustices et les frustrations par le corps, par la musique et par le texte. Les mots deviennent hauts et forts pour se transformer en véritables maux d’une société qui se cherche en essayant de s’accomplir pour condamner une société hypocrite.

Le public a été envoûté par la maîtrise et la force de la narration, par les codes de la narration qui se sont comme cassés avec ce regard multidimensionnel sur les relations humaines. Quand le rideau tombe, on sait que les différents personnages hanteront longtemps la mémoire du public.

N.A

Crédit photo Khaoula Barnat

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