Billet d'humeur

L’intégrisme menaçant : une réalité douloureuse

De longue date, la Tunisie est réputée pour sa modération, son ouverture et sa diversité religieuse largement dominée par un islam modéré et tolérant. L’entrée dans le circuit politico-social du parti intégriste d’ennahdha depuis 2011 a rompu cet équilibre et a injecté un mode de réflexion et de vie rétrograde et obscurantiste.

L’idéologie islamiste extrémiste, exploitant la fragilité du citoyen face aux considérations religieuses, s’est propagée de façon vertigineuse, bien alimentée par l’élan acharné des principaux dirigeants d’ennahdha pour l’appropriation du pouvoir et l’enrichissement rapide et illicite. L’appartenance de ces individus à un mouvement international dur et bien structuré a aidé à l’établissement au sein de la société tunisienne de deux programmes complémentaires.

Le premier, officiel, apparent et déclaré, cherche le pouvoir, mais montre une fausse souplesse pour s’adapter à la conjoncture nationale et internationale souvent défavorable à l’intégrisme. Le deuxième, secret et insidieux, reflète la réalité convictionnelle des intégristes et vise à modifier l’éducation et la mentalité du citoyen, les tirant très fort vers l’intolérance et la radicalisation. Les assassinats politiques, dont ceux de Belaid et de Brahmi, reflètent très fort le refus, manifesté très brutalement et sauvagement par les intégristes, de la liberté, de la démocratie et de la diversité idéologique.

Le modèle des écoles coraniques, à l’image de celle de Regueb, est la démonstration irréfutable de la politique des islamistes visant à modifier de façon radicale le mode de vie pacifiste du Tunisien et à façonner des individus radicalistes, bornés, intolérants et mentalement terroristes et dangereux. La lutte contre ce mouvement , délétère pour le Tunisien et la Tunisie , est rendue ardue et difficile vu la présence et l’intrication de multiples paramètres :

1- les convictions réelles idéologiques profondes religieuses extrémistes de la majorité pour ne pas dire de la totalité des nahdhaouis faisant, de leur assouplissement apparent une réaction passagère stratégique à une conjoncture défavorable.

2- le comportement irresponsable de la grande majorité des dirigeants du pays, même les plus hauts placés d’entre eux à l’image du président de la république et du chef du gouvernement. Ces responsables, par peur, par obligation ou par intérêt, composent de façon pathologique, claire ou cachée, avec le parti Ennahdha pour défendre leurs intérêts personnels aux dépens de ceux de la Tunisie.

3- l’infiltration sans précédent des intégristes dans les rouages décisionnels du pays. Les ministères et les instances influentes décisionnelles du pays sont en majorité contaminés par les nombreuses nominations non justifiées et anarchiques faites progressivement et insidieusement par Ennahdha et contre lesquelles les hauts responsables actuels de l’état, si vrai état il y a, restent inactifs, impuissants et complaisants.

Face à ce phénomène intégriste réel, envahissant et dangereux et son risque de faire sombrer le pays dans l’obscurantisme et le terrorisme physique et intellectuel, et devant l’incapacité volontaire ou imposée des dirigeants actuels de rectifier le tir, la société civile reste un espoir indéniable pour contrecarrer cette maladie grave et potentiellement mortelle. La réaction pacifiste des libéraux, des démocrates, des intellectuels, des politiciens non asservis et des nationalistes contre le fléau islamiste s’avère urgente et nécessaire. L’alerte maximale est de rigueur avant l’installation de l’intégrisme de façon durable via le scrutin de 2019 avec un risque réel de l’afghanistanisation de la Tunisie.

Dr Abdelfatteh Abid

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