Billet d'humeur

Lina, les femmes te soutiendront jusqu’à ta dernière demeure et bien plus encore

Elle est née un jour ensoleillé pour illuminer la vie de ses parents Sadek et Emna. Elle évolua heureuse d’avoir une maman attentionnée et un papa si aimant. Elle s’identifiait, admirative devant la culture et le savoir de sa maman enseignante qui lui a appris à aimer les livres, mais également à son papa homme de principes et respectueux des droits de l’Homme.

Il était si fier de cette petite aux yeux d’acier et aux cheveux couleur de jais. Son amour était sans limite pour sa brunette et donnerait sa vie pour elle. En 2000, sa vie bascule. La jeune Lina voit sa santé se détériorer. Elle éprouve de la difficulté à respirer. Une toux sévère persiste depuis des mois et lui mène la vie dure. Elle peine au moindre effort tellement elle était essoufflé et affaiblie.

Toutes les économies des parents seront consacrées pour le bien être de leur fille. Une santé de plus en plus fragile se fait sentir et comme un malheur ne vient jamais seul, Lina connait aussi des insuffisances rénales. Le verdict tombe comme un couperet. Elle doit subir d’éprouvantes dialyses.

Pourtant, elle était dans la fleur de l’âge, elle avait seulement 30 ans. Son papa était malheureux et Lina était devenue de plus en plus son oxygène, son combat, sa continuité. Un jour de fête, elle fut admise aux soins intensifs. Elle doit prendre des médicaments sur une base régulière pour permettre à son corps de fonctionner normalement. Mais rien n’est gagné. Elle aime lire Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Sa maman le lui lisait sans doute quand elle était enceinte d’elle.

Pour elle, apprivoiser le renard, c’est apprivoiser la maladie. Elle termine ses études parmi les premiers de sa promotion. Elle fait du sport et rafle des médailles et assure son métier de professeur universitaire. Lina est courageuse, reprend son d’engagement pour défendre les démunis, ceux dans le besoin et qui sont loin, les droits de l’homme, anime son blog … mais son état continue de se détériorer.

Elle souffre d’apnée du sommeil et fait de la rétention d’eau. C’est ainsi qu’on l’inscrit sur la liste officielle des personnes en attente d’une greffe rénale. Son papa est effondré. Il n’avait pas dormi cette nuit là. Il ne voulait pas perdre sa raison de vivre. Sans rien dire, il partit tôt le matin voir le médecin pour lui dire qu’il était prêt à donner son propre rein. Il fit les analyses nécessaires tout en pensant fort à fille. Même s’il doit mourir, il faut que Lina vive. Hélas, son rêve n’aura pas lieu. Il s’est avéré diabétique.

Il rentra chez lui sans rien dire à part serrer sa fille longuement entre ses bras. Il était si triste et si abattu.. Je ne pourrais pas sauver Lina, confia- t-il à sa femme. Je lui donnerais le mien, répondit la maman. Les analyses s’avèrent compatibles et le jour J arriva. Le courage de l’espoir se dessinait dans les yeux de Sadek Ben Mhenni. Ce soir-là, Lina était seule avec sa mère. Elles ont quitté la chambre en même temps et elles se tenaient la main. Durant de longues heures, l’opération de greffe se réalisa dans de bonnes conditions. Lina s’était réveillée. Elle regarda sa maman et lui voua son amour infini.

Elle souriait à tous ceux qui venaient la voir. Encore une fois, elle avait défié la mort et elle avait gagné. Elle est de retour en pleine forme. Elle a pu profiter de la vie normalement avec sa famille, ses amis, ses collègues et son papa était aux anges. Voir sa fille grandir et s’épanouir, ça n’a pas de prix. Lina a su apporter durant cette épreuve tout l’amour dont avait besoin les parents. Hélas, un jour, un premier signe de rejet apparaît. Un saut rapide à l’hôpital, mais malheureusement Lina subissait les effets d’un rejet. Une mère meurtrie et un père effondré encore une fois. Leur fille reprendra les dialyses un jour sur deux.

Lina continue avec courage différents combats. Elle se plie à un quotidien rythmé par la maladie. Mais son combat est sans relâche pour les droits et la défense des oubliés. L’ADN de son papa Sadok circule en elle comme au temps où il était parmi les fondateurs de la section tunisienne d’Amnesty International. Lina transforme sa fragilité en force, bravant les recommandations médicales pour être de toutes les luttes. Elle a pu gagner plusieurs batailles sur la vie mais la faucheuse traîtresse a eu son dernier mot et cette fois-ci Lina a perdu son dernier combat.

Elle nous a quittés à l’aube d’un triste lundi de janvier 2020. Elle est partie doucement presqu’en s’excusant de n’avoir pas pu gagner encore une fois sa revanche sur la vie. Elle a été enterrée belle, parfumée et soutenue par les femmes qui lui ressemblent pour lui promettre que son combat continuera. Et comme l’avait si bien dit Ahlem Ghayaza « qu’il y aurait culpabilité affligeante des femmes pour non respect de la procédure du code et du protocole des cortèges funèbres.

Peut-être qu’à défaut de nous accorder généreusement le droit de vivre comme on le désire, ces chers et illustres compatriotes nous céderont un jour celui de mourir comme on l’entend. Faisant partie du clan des indignes blasphémateurs, je leur cède, quant à moi, mon lopin de terre dans le paradis sans émoi considérant que pour l’instant ce dernier est assez mal fréquenté… »

Comme la belle Blanche Neige, Lina voulait pourtant croquer la vie, comme on croque une belle pomme rouge. Hélas le prince charmant n’était pas là comme dans le conte de fée. Il aurait pu l’embrasser et on aurait pu la voir se réveiller. Mais apparemment tu n’as pas souffert. Mais ce n’est pas dans l’ordre des choses. Tu n’avais que 36 ans. Ta vie était bien remplie mais elle ne faisait que commencer comme une belle symphonie inachevée.

N.A

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