Billet d'humeur

Le dernier regard de Kaouther Zamzari, l’hôtesse qui aimait les cieux…

La célèbre chanson d’Eric Clapton « Tears in Heaven » serait un témoignage poignant d’un père et d’une mère qui tentent de gérer l’insoutenable face à la perte de leur enfant. Leur fille Kaouther Zamzari, vient de perdre la vie à la fleur de l’âge.

Depuis toute petite, elle avait des rêves de couleur bleue comme un ciel sans nuage. Elle suivait le rythme des avions tranquilles souhaitant avoir des ailes. Elle évoluait autour d’un papa aimant et d’une maman attentionnée. Elle était comme la perle pure et unique enveloppée dans l’écrin de la tendresse entre ses deux frères. On l’avait désirée longtemps cette petite brune au teint clair qui a surgi du fleuve de l’amour. On la nomma Kaouther, la rivière diamant du paradis.

La petite sirène était aussi brillante que belle. Plus elle grandissait et plus son entourage était ravi. Jeune fille, elle n’oubliera jamais ses rêves d’enfant, celui de travailler un jour dans les airs. Ses parents qui avaient les pieds sur terre voulaient qu’elle fasse autre chose plutôt que de s’exposer aux dangers. On la voyait plutôt juriste, ingénieure ou médecin. Mais Kaouther avait une passion dévorante d’être dans les cieux.

Elle aimait trop ses parents et tenait à leur faire plaisir. Après avoir décroché brillamment son baccalauréat, elle entama des études en pharmacie couronnées par un doctorat. Mission accomplie, ses parents étaient aux anges. C’est alors qu’ils ne purent cette fois-ci lui refuser sa passion d’être malgré tout un jour hôtesse de l’air. Le rêve tant caressé par Kaouther se réalise et la voici sublime et belle comme le jour dans sa tenue d’hôtesse de la compagnie aérienne Saudienne.

Parmi les tâches de l’hôtesse de l’air, celles liées étroitement d’être aux petits soins d’autrui garantissant ainsi le confort et la sécurité des personnes à bord. Pour Kaouther, cette culture était déjà bien ancrée. Dans les différents vols, elle était aux anges. Son beau sourire ne quitta plus ses lèvres. Les passagers n’avaient de regard que pour cette douce et agréable créature si éduquée. Elle n’était pas comme les autres. Elle avait ce quelque chose de magique, de divin. Sous les applaudissements des passagers, une fois l’avion atterri, la mission de Kaouther était accomplie.

Depuis son embauche, elle postait régulièrement ses propres photos en tenue, à bord ou pendant ses escales. Ses yeux dégageaient un pur bonheur et son sourire était toujours aussi éclatant. Un jour, elle connut un jeune homme aussi passionné qu’elle. Ce fut le coup de foudre immédiat. Ils se sont promis amour et fidélité jusqu’au bout du chemin de la vie. Elle était si belle pour lui dire oui en ce grand jour de printemps parfumé et devant ses parents un peu tristes mais heureux de voir que leur fille heureuse et désormais entourée d’un homme aussi attachant.

Le métier de chacun nécessitait d’être souvent séparés mais les retrouvailles ne faisaient qu’agrandir ce lien sentimental si solide entre eux. Kaouther ce jour- là, se réveilla très tôt dans la chambre d’hôtel où elle avait fait escale en Arabie. Elle eut une pensée à son époux et lui téléphona à Paris pour lui dire combien il lui manquait et combien elle l’aimait. Durant la soirée, elle devra bientôt quitter l’hôtel pour rejoindre ses collègues dans le bus réservé au transport des hôtesses de l’air.

C’était un 21 août 2019. La voix de son époux sera la dernière. Dans le bus, elle pensa fortement à son papa, sa maman et ses deux frères, elle avait hâte de les revoir pour les embrasser avant de repartir dans le ciel. Le destin est cruel et ce vœu resta sans lendemain. Un accident de la route aura rompu cette volonté sur le chemin vers l’aéroport international du roi Khaled à Ryad. Plusieurs hôtesses ont été blessées mais Kaouther perdit la vie.

Avant de fermer définitivement les yeux, un film furtif s’arrêta sur l’image d’un époux dépité et d’une famille inconsolable. Les deux frères seront désormais seuls. Le portable de son époux sonna dans la ville des Lumières qui s’assombrit très vite lorsqu’on lui annonça la terrible nouvelle. « Non, non, non…. ». L’appareil s’écrasa au sol, l’époux était assommé. La force du désespoir lui permis d’appeler le frère de Kaouther… Un autre coup dans le cœur de Houssam, le petit frère adoré de Kaouther qui avait le poids de la charge d’annoncer la terrible nouvelle aux parents…

Ils étaient tous comme coupables de continuer à vivre sans leur bien aimé. Les parents inconsolables revoyaient leur fille toujours en vie avec tous ses projets inachevés. Ses réussites académiques, ses amitiés, ses amours, ses rires, ses peines et ses joies alimentent l’imagination torturant les parents. Le réel n’est plus qu’un couloir qu’on emprunte avec peine et qu’on fuit, quand on est face à l’insoutenable.

Perdre son enfant est une lumière qui s’éteint au fond de soi, une promesse qui disparaît… Dans un dernier message Kaouther écrit : « Of all the book in the world, the best stories are found between the pages of a passeport.”

N.A

les commentaires

comments

Les plus populaires