Billet d'humeur

Le bus de la mort : l’ombre qui a voilé mes yeux à l’instant de l’adieu…

Ils s’appellent Ahmed, Mohamed, Siwar, Sawsen, Hichem, Anis, Lobna, Sabrine, Maourane… Tous partis à jamais dans un nouveau drame de la route. Partis pour un monde sans doute meilleur et moins cruel.

Parmi eux trois sœurs inséparables pour le meilleur et pour le pire. Sawsen, Amel et Abir Bouraoui. Natives de Kasserine, elles avaient pris en ce dimanche 1er décembre un bus funeste en direction Aïn Snoussi de la délégation d’Amdoun du gouvernorat de Béja.

26 jeunes arrachés à jamais à leurs familles. La plus jeune Hiba Abdelaoui 15 ans, le plus âgé n’en avait que 30. C’est dur de mourir à 15, 22, 24, 25, 27 et 30 ans. Hiba abelaoui, une jeune lycéenne n’est autre que la championne de kick-boxing. Elle était la fierté de Jelma. Le destin est étrange car elle avait comme prédit son destin sur son dernier post Facebook. Ils étaient à bord d’un bus d’une agence de voyages privée. Partis tôt de Tunis vers Ain Drahem, le bus a brisé la barrière métallique avant de tomber dans un ravin.

26 jeunes ont rendu l’âme sur place brisant sur les rochers des rêves les plus fous. Les régions de Mhamdia, Fouchana, Kasserine, Sidi Bouzid… dont ils sont originaires vivent aujourd’hui la cruauté du destin. La plupart ont des parents qui ont déjà perdu des proches, une mère, un père, un oncle, des grands parents… Ils croyaient qu’ils étaient fort d’avoir réussi à dépasser ces douleurs du passé mais la souffrance la plus cruelle est la perte d’un enfant, peu importe l’âge. La cruauté va encore plus loin, lorsque trois enfants partent le même jour.

Trois sœurs dans trois cercueils côte à côte. Tous ces jeunes ont emporté avec eux une grosse partie du cœur des parents, brisé en mille morceaux. La mission d’un parent est de protéger ses enfants et là, ils sont meurtris, démunis et impuissants. Tout paraîtra pénible désormais de dormir, de manger… de se lever le matin sans ses enfants. Les parents vont continuer à aimer ces enfants partis trop tôt au présent et non au passé car ils manqueront au présent et à chaque jour du reste leur vie. C’est juste trop cruel la perte d’un enfant…

La mort d’un enfant est un drame, le plus affreux des drames pour les parents qui ont, le sentiment de perdre la meilleure partie d’eux mêmes. C’est un arrachement, comme une amputation. Ils le vivent avec un profond sentiment d’injustice et une culpabilité sans fond. La mort aussi cruelle qu’elle puisse être, est une réalité objective qui se moque bien de nos sentiments de justice et d’injustice. La mort de l’enfant brise ce cycle de la vie normale où les plus âgés partent avant. Les enfants sont ce que nous avons de plus précieux, leur mort est atroce.

En cette fin d’après-midi, le recueil dans la douleur dans un silence entrecoupé de hoquets et de sanglots. Des parents démolis et leur vie détruite. Ils pleurent, pleurent leurs enfants. Ils étaient leurs rayons de soleil dans la grisaille de la vie. En écrivant ce texte, les Tunisiens pleurent encore en ce moment et les parents devront vivre avec cette douleur pour le reste de leur vie. L’un des parents crie sa douleur «l’ombre qui a voilé mes yeux à l’instant de l’adieu me laissait dans une existence privée de lumière… privé désormais de tout ».

N.A

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