Billet d'humeur

Je suis un Tunisien homo qui ne s’accepte pas

Je n’existe pas, car on refuse mon existence. Je vis dans la peur permanente d’être découvert, attaqué et de subir des préjudices. L’homosexualité est perçue comme étant une maladie occidentale. Etre homosexuel est une attaque à la religion. Moi-même, je me sens paradoxal. Je suis musulman pratiquant. L’homosexualité ne rime pas avec musulman.

Je suis un homosexuel qui ne s’accepte pas. Je me renie et je suis même allé me marier en pensant en guérir, pour prouver que je ne le suis pas. Le jour de mes noces, sur le chemin me conduisant avec mon épouse où se déroulait la cérémonie, je priais le ciel pour qu’il se passe quelque chose, un malaise, un accident… C’était le jour le plus détestable de ma vie.

Pendant la cérémonie, je n’avais d’yeux que pour ces chanteurs efféminés qui dansaient devant moi… Mon mariage a été un échec. Je suis actuellement en instance de divorce. Je suis né et j’ai grandi dans une famille arabo-musulmane très croyante et pieuse. J’ai fréquenté tout petit l’école coranique où j’ai été très tôt confronté à la foi. Je n’ai pas arrêté de faire la prière depuis l’âge de 12 ans.

Exactement en parallèle, j’ai découvert ma sexualité ou plutôt mon homosexualité. Ce fut un choc pout moi. En même temps, imprégné de foi, je réalisais que j’étais fortement attiré par les hommes. Mais j’avais toujours de très solides freins pour ne pas tomber dans la tentation malgré plusieurs propositions. Cela me plaisait malgré tout, mais quand il fallait passer à l’acte avec une envie fiévreuse, le frein se manifestait.

J’ai lutté pendant longtemps contre cette homosexualité très forte, très profonde en moi. Je ne voulais pas aimer les garçons ni être attiré par eux. Je voulais être « normal ». J’ai par conséquent prié et encore prié. J’ai prié pour que Dieu supprime mes « mauvais » désirs. J’ai tant prié pour que Dieu me délivre de ces « mauvaises » pensées. Mes prières étaient ferventes et sincères. J’ai refoulé mes désirs et j’ai souffert le martyre. J’ai fais trois fois la « Omra » toujours en priant pour me dégager d’un poids insupportable. Je souffre toujours, encore et encore.

Actuellement, je travaille dans une institution financière, personne n’est au courant de ma tendance. Je suis respecté, je rends service à tout le monde, je suis généreux avec ceux qui sont dans le besoin, j’écoute et je réagis pour solutionner les problèmes des autres… Mais moi, personne ne m’écoute… je suis seul dans ma tourmente et mon douloureux problème.

Dans notre société, on tolère le trafiquant, le voleur, le violent, le violeur, le criminel… mais pas l’homosexuel. C’est par pur hasard, que j’ai découvert un jour le site Enbref.tn car un article sur l’homosexualité (confession de M. Baatour exilé en France) m’a interpellé. J’étais arrivé tôt au bureau et en attendant les collègues, j’en ai profité pour lire sur l’ordinateur avec grand intérêt l’article. Très vite je l’ai imprimé. Je me suis enfermé pour pouvoir lire à mon aise de peur d’être surpris au cours d’une pareille lecture.

Je ne vous cache pas, j’en ai pleuré. J’ai enfin trouvé une écoute et je me suis mis à vous écrire. Je ne demande qu’une chose : en voyant un être humain, ne le jugez pas très vite. Essayer au moins de le comprendre même si vous n’adhérez pas. Comprendre ne veut pas dire approuver. Comprendre pour moi c’est voir la terrible souffrance qui se cache derrière.

Anonyme

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