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Guillaume Rambourg : j’ai été blessé par la violence de certains propos

Malgré sa fortune, Guillaume Rambourg reste discret et fait rarement des sorties médiatiques. Il s’est lancé dans la philanthropie et a financé plusieurs projets en Tunisie.. A peine 48 ans, une grande carrière est déjà derrière lui. Ce diplômé de l’École supérieure des sciences économiques et commerciales a fondé et dirigé le Hedge Fund « Verrazzano Capital » jusqu’en 2018, date à laquelle il pris sa retraite de la finance.

C’est alors que la Fondation Rambourg pour la promotion de l’éducation, de l’art, du sport et de la culture voit le jour dans son pays d’adoption en Tunisie. En juillet dernier, il a organisé une réception à Sidi Bou Said dans un cadre féerique en l’honneur de Monica Bellucci. Guillaume Rambourg se confie à Enbref.tn. Entretien.

Pour vivre heureux, vivons cachés. Cela se vérifie davantage avec le dernier film en tournage en Tunisie avec Monica Bellucci. Est-ce un choix délibéré ou une communication qui a mal fonctionné ?

Vivre caché n’a jamais été une obsession en soi. Ma femme Olfa Terras est tête de liste pour Aich Tounsi sur la circonscription de Bizerte pour les élections législatives du 6 octobre. Ce n’est pas le moyen le plus sûr de garder l’anonymat ! Il nous est d’ailleurs arrivé de communiquer sur certains projets majeurs de la Fondation Rambourg comme l’exposition à Ksar Saïd “L’Eveil d’une Nation”, la création du Centre Culturel et des Ars de la montagne à Jbel Semmama, la co-production du film “Papa Hedi”, ou encore le sponsoring de jeunes talents dans le tennis, comme Coco Gauff, 15 ans, qui a fait sensation à Wimbledon le mois dernier.

Pour ce qui est du film de Kaouther Ben Hania “L’homme qui avait vendu sa peau”, pour lequel Monica Bellucci est venue tourner en Tunisie, j’avais déjà publié quelques posts Facebook sur ce très beau projet. Il s’agit là pour moi d’un investissement personnel, et je ne suis pas en charge de la communication de la visite. Cela est du ressort des co-producteurs Habib Attia et Nadim Cheikhrouha, mais la priorité absolue cette semaine revenait au tournage; il s’agit donc d’un choix délibéré de ne pas trop communiquer, tout en profitant tout de même de la présence d’une star internationale du cinéma, qui est sûrement l’actrice préférée des Tunisiens…

La Fondation Rambourg a été derrière plusieurs réalisations. Pourriez-vous nous en dire plus ?

J’ai évoqué plus haut quelques uns des projets structurels de la Fondation en Tunisie, comme L’Eveil d’une Nation ou Jbel Semmama. En 2019, en coopération avec l’ONAT et l’Union Européenne, la Fondation a publié une cartographie de l’artisanat tunisien, un travail titanesque retraçant l’histoire et la géographie des différents artisanats en Tunisie. C’est un document unique qui est mis à la disposition de tous.

S’ajoutent bien d’autres projets ponctuels, comme des rénovations d’écoles, l’octroi de bourses à l’Université de Columbia à New York, ou l’activité de mécénat pour la production de manifestations culturelles, comme “One Night in Tunisia” par exemple, spectacle figurant un bon nombre d’artistes tunisiens, sous le parrainage de Lotfi Boichnak, à l’Olympia à Paris le 29 septembre prochain. Tous les deux ans, la Fondation décerne également des prix pour la culture à des artistes tunisiens prometteurs en accompagnant souvent leurs projets.

Le cinéma tunisien en particulier celui des femmes cinéastes a aujourd’hui le vent en poupe. Les exemples se multiplient. Quels en sont les origines selon vous ?

Les femmes cinéastes tunisiennes font preuve de pléthore de talent et d’idées. Peut-être assistons-nous à l’émergence d’une génération dorée du cinéma tunisien ? Peut-être, un peu à la manière de la Movida en Espagne qui a suivi l’ère franquiste, est-ce la Thawra 14 qui a libéré un élan créateur exacerbé ? Je ne saurais répondre à cette question avec autorité, mais réjouissons nous, et régalons nous !

Comment a débuté cette nouvelle aventure avec « l’homme qui a vendu sa peau » ? La sortie du film a-t-elle été fixée ?

J’ai rencontré Kaouther et Nadim par l’intermédiaire de ma femme, il y a bientôt deux ans. Ils m’ont parlé du film et j’ai voulu en savoir davantage. J’ai eu un véritable coup de foudre à la lecture du script. Quelques semaines plus tard, un vol pour New York, je tombe par hasard sur “La Belle et la Meute”, film que Kaouther avait présenté à Cannes en 2017 dans la catégorie Un Autre Regard.

A l’atterrissage à JFK, je confirmais par WhatsApp mon investissement dans le film ! L’implication de Monica Bellucci constituait la cerise sur le gâteau, un bonus de notoriété internationale. Le film sortira lors de la première moitié de 2020.

Votre amour pour la Tunisie ne date pas d’aujourd’hui. Que partagez vous avec ce pays adoptif ?

J’ai eu la chance de découvrir la Tunisie très jeune, en suivant mon père, diplomate des Nations Unies, en mission à Tunis. Bien des décennies plus tard, je me rappelle encore du rituel du lait de poule chaque matin et de la découverte des vestiges de Carthage ou des promenades à Sidi Bou Said. J’ai rencontré ma femme à Londres en 2002, et depuis, j’ai replongé allekher dans ce beau pays si riche en couleurs et en personnalités attachantes. J’y vis.

Avez-vous été étonné par la campagne de dénigrement dont a été l’objet votre épouse Olfa Terras, et vous-même ?

Je me doutais bien que la politique pouvait être un monde dur mais j’ai été surtout blessé par la violence de certains propos, la volonté évidente de salir à travers des fake news, des propos diffamatoires et la théorie du complot. Pour en revenir à votre première question, vivre caché serait la solution de facilité et c’est celle choisie par la plupart des familles aisées en Tunisie.

Mais un citoyen qui a beaucoup travaillé et a eu de la chance dans la vie a le droit, et peut-être même le devoir, de vouloir ce qu’il y a de mieux pour son pays. En ces circonstances, il y a les somnambules, les cyniques et les engagés. Ma femme a choisi l’engagement.

Vous avez été sur tous les fronts, finances, culture, patrimoine, art… la politique pourra- t-elle vous séduire autant ? Ou resteriez-vous tout simplement un donateur généreux ?

J’ai eu la chance de m’épanouir dans beaucoup de domaines notamment dans la finance de marché qui s’apparente beaucoup au sport de haut niveau, avec une concurrence féroce et un devoir de résultat chaque année, chaque mois, chaque semaine…

D’autres domaines d’activité comme la culture et la philanthropie ont pris une importance croissante dans ma vie et l’occupent maintenant presqu’à temps plein, en dehors du temps consacré à une famille nombreuse. La politique m’a toujours passionné même si je n’ai jamais souhaité être un acteur de la vie publique. Mes “donations généreuses” ont été largement surestimées par certains médias. Elles sont d’ailleurs totalement réglementées en France. En Tunisie, je soutiens bien évidemment tout ce que ma femme souhaitera entreprendre pour le pays.

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