Billet d'humeur

Empêchons l’extermination définitive de notre stock de poisson

Les stocks de poissons s’épuisent d’une façon rapide et inquiétante. Nos ressources halieutiques sont en grands dangers à cause du braconnage en mer et le banditisme qui persiste malgré le confinement obligatoire, le couvre feu et la décision du Ministre de l’Agriculture par la circulaire du 6 avril 2020 de suspendre à titre exceptionnel l’activité de tous les chalutiers et la pêche au filet jusqu’à nouvel ordre dans tous les ports tunisiens.

De nombreux marins dans la région de Sfax et Skhira violent toutes ces décisions exceptionnelles dans un silence honteux des administrations et aussi de la loi de 1994 interdisant strictement la pêche par l’utilisation de l’engin du KISS (engin tracté par le bateau qui racle le fond marin grâce à des chaînes lourdes).

Ils sont plus de 40 embarcations du KISS (sans port d’immatriculations qui sont actives actuellement au Port de Zabbouza (Gataaya) en face des îles Kneïes, cette aire marine protégée où toute activité humaine est interdite sauf autorisation. C’est l’engin du KISS qui est la cause de notre malheur.

Nous sommes en train de subir ses conséquences par la rareté du poisson et les prix qui ne seront plus abordables. Bien que le chalutage n’est autorisé seulement à des profondeurs de plus de 50 mètres et la pêche au chalut est fermée au Golfe de Gabès pour le repos biologique du 1er juillet au 30 septembre de chaque année, les pêcheurs clandestins du KISS continuent à racler les fonds marins jusqu’aux hauts fonds, à des profondeurs de 3 et 4 mètres.

Les prairies de posidonie, cette plante endémique à la Méditerranée, qui constituent les lieux de nourrissage et de reproduction de 28% des poissons de la Méditerranée, n’existent plus par l’arrachage continu depuis l’utilisation du KISS dès les premiers mois après la révolution de 2011.

Vous pourriez remarquer dans les photos que j’ai prises à la source, les maigres captures de poissons que les filets ramènent sur le pont du bateau, où seulement moins de 20% des poissons seront rangés dans les caisses et le reste qui n’a pas une valeur commerciale sera jeté en mer.

La région de Sfax est la plus touchée par la pêche interdite avec l’engin du KISS. Les autorités ont été saisies pour ces actions interdites et des campagnes de sensibilisation ont été engagées dans les ports de pêche, des articles dans les journaux et des interventions sur les ondes des radios nationales et locales ont été largement diffusées sans que ces bandits ne se remettent à l’ordre.

Pour rappel, avec l’appui des autorités portières et de la pêche à la régionales à Sfax, et centrales à la capitale Tunis, et par la coopération Japonaise et des fonds de la JAICA, le 19 mars 2014 des récifs artificiels ont été submergés dans les chanots entre les îles Kneïes qui sont dotées du statut de Réserve Marine pour empêcher le chalutage par les embarcations du KISS dans ces habitats très sensibles.

Mais les bandits ont réussi à neutraliser ces récifs en les ramassant hors du danger pour leurs filets. Dans les proches années et devant la désertification du Golfe de Gabès, nous allons consommer les poissons de l’élevage avec tous leurs problèmes, et des poissons de l’importation. il n’est pas trop tard pour agir car nous sommes la dernière génération qui pourrait empêcher l’extermination définitive de notre stock de poisson.

Abdelmajid Dabbar

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