Société

Elles ont changé de métier, leur vie est devenue un conte de fée !

La chance, cette imprévue qui vient changer le cours des choses vers un chemin heureux, comme on aimerait tous l’inviter dans notre quotidien ! Mais comment s’y prendre ? Quelle en est la recette ? Nul ne le sait, et pourtant, elle existe bel et bien et comble d’injustice, elle a l’air de choisir « sa clientèle ». Une dame, très chanceuse nous a avoué qu’il lui arrive des jours où elle se dit,  que « même si je la fuis, elle me rattrape ».

Les personnes qui vont témoigner ont toutes eu beaucoup de chance dans leur vie. Mais le seul point commun, c’est qu’à un certain moment elles ont changé de métier, sautant un peu dans l’inconnu. A partir de ce moment, leur vie devient un véritable conte de fée, là où tout n’est qu’ordre, beauté, luxe et volupté.

Alors ont-elles eu un sixième sens ? Ont-elles senti que leur chance est arrivée et qu’il ne fallait surtout pas la rater ? Est-ce un merveilleux concours de circonstances qui a fait que ces personnes se sont retrouvées au bon moment avec les bonnes personnes ? Mais quand les mêmes bonnes conditions se répètent pour la même personne, on en viendrait à se demander si Dame chance ne ferait pas de favoritisme et que la chance est une injustice dont nous profitons.

Lors de ces témoignages, on pourra penser que le bonheur de ces personnes est intimement lié au fait qu’elles se sont enrichies. On n’occultera pas la réalité, car dans la vie de ces personnes, tout a évolué en parallèle, aussi bien du côté affectif que familial. Si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue drôlement.

Un très beau jour…

Si Madame Bahia B. (les mêmes initiales que son idole Brigitte Bardot) n’est pas dans sa superbe maison de Gammarth, c’est qu’elle est dans l’un des plus beaux palaces du monde, en Europe, en Amérique, en Afrique ou même au Groenland et en Islande. Avec son mari, ils ont fait le tour du monde. Nous en profitons tant que nous sommes en bonne santé , nous dit-elle. A 58 ans pour elle et 66 ans pour lui, ils ont décidé de passer les commandes à leur fils, et de prendre une retraite bien dorée.

Nous étions de simples personnes, mon mari était fonctionnaire. Quand nous nous sommes mariés, il gagnait à peine 500 dinars par mois. Moi, j’étais secrétaire chez un parent transitaire.

J’avais à peine 19 ans et mon mari 27 ans. On se connaissait parce que nous sommes parents par alliance. On s’est fréquenté pendant deux mois avant d’être officiellement fiancés. Une année après, le mariage eut lieu. J’avais déjà arrêté le lycée pour m’inscrire dans des cours accélérés de couture dans le but de confectionner moi-même mon trousseau. J’étais très douée et j’ai réalisé des merveilles. J’ai voulais faire de la couture mon métier. En y réfléchissant bien avec mon mari, j’y avais renoncé, d’abord parce que notre chez nous était trop petit et surtout qu’un oncle à mon mari, transitaire et à la recherche d’une secrétaire bilingue, me proposa un très bon salaire.  

Tout se passait bien. Je m’entendais très bien avec mon mari, nous faisions des économies pour l’achat d’une maison et avons eu un petit garçon, neuf mois jour pour jour après notre mariage. Le deuxième enfant sera pour plus tard. Il faut d’abord penser au « tombeau de la vie ».

Quand mon fils a eu 4 ans, je l’avais inscrit dans un jardin d’enfant un peu éloigné de la maison. De ce fait, j’étais obligée de traverser tout Tunis à pied pour l’y emmener. Mon mari m’avait dit que ce jardin d’enfant n’était pas du tout pratique, que je me fatiguais pour rien et que tous les jardins d’enfants étaient les mêmes. Mais comme à l’accoutumée, il n’insista pas, respectant certaines de mes décisions. Ce fut d’ailleurs la meilleure des décisions. Un très beau  jour, le propriétaire d’un magasin de vêtements du centre ville devant lequel je passais tous jours, m’a accosté très poliment pour me demander où j’avais acheté les différents tabliers de mon fils.

Quand il a su que c’était moi-même qui les réalisais, il m’a demandé de lui en faire une cinquantaine. J’ai commencé par en faire dix, vingt et enfin 50 avec le même modèle. J’ai ensuite réalisé des pantalons pour garçonnets, toujours en modèle unique. En trois mois, j’avais gagné plus d’argent qu’une année de nos salaires réunis mon mari et moi. Le propriétaire du magasin avait également d’autres boutiques et était en même temps grossiste de vêtements.

Après neuf mois de collaboration, le propriétaire se sentant prendre de l’âge, me proposa de me vendre un atelier de confection qui ne tournait pas bien. Pour lui «  personne n’avait été à la hauteur ».

Nous avions mon mari et moi repris l’atelier en ne payant aucun centime, alors que nous avions malgré tout un peu d’argent de côté. Nous avons un peu hésité au début avant de prendre la décision finale et avant de démissionner chacun de nos postes.

Au bout de six mois, nous avons réussi à payer la totalité du prix de l’atelier tout en réalisant des bénéfices. Nous avons ensuite agrandi l’affaire, jusqu’à devenir exportateurs. Nous avons confectionné des tabliers, des vêtements pour enfants, pour dames… Nous avons été les premiers sur le marché à confectionner les costumes de travail. Nous étions toujours les pionniers et nous faisions notre beurre. Dès que nous sentions que le marché allait se saturer, nous changions vite de secteur.

Nous travaillions comme des dingues avec des marchés en France, l’Allemagne, l’Algérie et même en Inde.

Nous n’avions pas acheté notre première maison, mais notre premier immeuble et ensuite le deuxième… La fièvre de l’immobilier s’empara de nous. Nous achetions et revendions et plus on gagnait de l’argent plus la fièvre des affaires nous emportait.

On n’est jamais tombé sur une mauvaise affaire. Un jour en ouvrant le journal, je lis « urgent appartement à vendre à Tunis. ». Quelque chose en moi me disait qu’il fallait l’acquérir. J’en parle à mon mari qui n’était pas très chaud pour acheter un vieil appartement au centre ville.

J’achetais malgré tout l’appartement en question. Son propriétaire, un vieil italien de Tunis était parti en Italie. Je ne savais pas ce que j’allais en faire et je ne pouvais pas non plus le louer. Six mois plus tard, quelqu’un est venu me voir à l’atelier pour me dire qu’il avait eu du mal à me retrouver pour me payer le loyer. En réalité, je n’avais pas acheté un appartement, l’italien m’avait vendu en fait la totalité du titre foncier composé de deux appartements. Celui que j’avais acquis et celui qui était loué par un cabinet d’expert comptable. L’italien avait disparu sans laisser d’adresse. Ça, ce n’est pas de la chance ?

Quelques années après, on avait abandonné la confection pour se convertir dans l’achat et vente de biens immobiliers, terrains, immeubles, hôtels, administration… Entre temps, notre fils avait brillamment réussi ses études. Il enseigne à la fac en Tunisie et en France. Il est également PDG de notre groupe tout en étant installé en France. Peut-être que le seul regret que j’ai aujourd’hui, c’est de ne pas avoir eu beaucoup d’enfants. Mais là aussi, je ne m’en plains pas trop parce que mon fils en a déjà trois. C’est merveilleux non ? 

Quand on parle cependant de notre fabuleux destin, je dis que ma grande chance, c’est d’avoir eu un mari toujours à mes côté, jamais contre moi et c’est ce qui a attiré la baraka.

En passant par la danse

Najeh, est aussi une femme qui a eu un fabuleux destin. Elle vit entre la Tunisie et l’Espagne. Son mari est un riche homme d’affaires espagnol. Ses deux filles sont mariées à des Emirs du Moyen Orient. Najeh est la fille de feu « Am Salah », un épicier dans un vieux quartier populaire de Tunis. A 15 ans, elle apprend la broderie « perles et paillettes » chez une brodeuse réputée de Bab Souika. L’ambiance était tristes et un peu stressante se souvient Najah. Les seuls moments agréables étaient quand de temps en temps, Claudette, une amie de la patronne de confession juive, venait récupérer les costumes de danse qu’elle donnait à broder.

Claudette envoyait ces costumes en France pour les danseuses du cabaret de son frère à Paris. Elle confectionnait elle-même les costumes dans des tissus de couleurs chatoyantes selon des mensurations standard, de telle sorte que toute personne pouvait les porter en ajustant simplement les petits crochets pour une fermeture adaptée. Najah était la meilleure ouvrière brodeuse. C’était elle qui confectionnait ces petits chefs-d’œuvre car cela la faisait rêver et elle les essayait toujours en cachette. Un jour, en se regardant devant un miroir portant une des tenues colorée, une image lui est apparue.

Elle s’est vue en danseuse professionnelle. A ce moment précis, elle avait compris que c’était sa voie et son destin. Il n’était plus pour elle question de s’investir et de perdre son temps dans des broderies interminables. Un autre chemin l’attendait. Tu vas abandonner plus de cinq ans d’expérience pour quelques pas danses ?, lui avait dit la brodeuse. Najah en parla à Claudette qui lui conseilla avant tout, un professeur de danse au conservatoire national.

En une année seulement, Najah avait obtenu son diplôme de danse et intégra vite une troupe folklorique. La belle vie commença pour elle avec les plus belles représentations à travers tout le territoire. Comme elle excellait, on la choisit parmi celles qu’on sélectionnait lors des manifestations à l’étranger. Elle se sentait vraiment artiste. Elle était accueillie en vedette partout où elle allait. Elle adorait les fins de spectacles où elle était applaudie et ovationnée. Najah, celle qui avait grandi dans un milieu très populaire, évoluait dans les grandes capitales, les luxueux hôtels, les célèbres théâtres et les plus grandes soirées.

Plus elle découvrait ce milieu et plus elle l’aimait. Un milieu sain, nous dit-elle, parce que nous croyons tous à la pureté de la danse. Nous sommes tous fiers de cet art et c’est à l’étranger qu’on nous donne notre véritable valeur, alors qu’ici malheureusement, les gens nous dénigrent. Je n’oublierai jamais, que des rois, des reines, des princes et des princesses, des chefs d’Etat, des ministres sont venus nous applaudir. Nous étions les dignes représentants de notre danse nationale. Pendant dix ans, j’ai parcouru le monde, j’ai gagné beaucoup d’argent, je me sentais heureuse et très épanouie. J’avais beaucoup de soupirants, de prétendants mais je n’ai cédé à personne. Quelque chose me disait que j’allais rencontrer un homme qui sortira du lot.

Un soir, nous étions arrivés au Maroc pour un spectacle. Je n’ai pu être présente sur scène car j’avais de la fièvre. Au bout d’une heure j’allais beaucoup mieux. Au lieu de rester seule dans ma chambre, je descendis à la réception de l’hôtel. C’est là qu’un homme d’une élégance raffiné me proposa un jus de fruits et deux heures après, il me proposait le mariage. A peine ai-je eu le temps d’arriver à Tunis qu’il est venu me rejoindre. Je ne pouvais y croire, deux semaines après l’avoir rencontré pour la première fois, je l’ai épousé à Madrid. Mon prince charmant s’est avéré être un riche homme d’affaires espagnol. Le coup de foudre dure encore aujourd’hui  trente ans après, la dolce vita aussi.

Un appartement à New York

Fatma est médecin de formation. Après sa thèse, elle a eu du mal à trouver du travail à part quelques remplacements dans des cabinets privés. Finalement, elle a été engagée en tant que représentant médical dans la filiale tunisienne d’un grand laboratoire américain. Au bout d’un certain temps, elle s’est rendue compte que ce travail l’ennuyait beaucoup plus qu’autre chose. Il fallait trouver un métier plus passionnant. En lisant un jour « Newsletter » de son laboratoire, elle tomba sur une offre d’emploi recherchant un directeur et un sous directeur dans le département cardiologie du laboratoire à New York. Le concours était ouvert à tous les médecins généralistes, travaillant pour ce laboratoire, quel que soit le pays où ils résident.

Pourquoi pas se dit-elle. Alors que tous ses collègues postulent pour le poste de sous-directeur, Fatma sollicite celui de directeur. Deux mois plus tard, elle reçoit une lettre lui annonçant que sa candidature a été retenue sur dossier. Il restait à Fatma juste un entretien à faire avec le représentant Afrique-Asie du laboratoire-mère. Elle eut haut la main le poste et se rendit à New York où elle devait rencontrer les responsables pour son installation.

Ce jour là, il s’est passé des choses. Ses parents à Tunis l’avaient appelée inquiets. Les grands patrons ont donné les consignes nécessaires pour qu’on me mette à l’aise tout en assurant ma protection. Ils m’avait acheté un appartement en plein New York. Oui c’est comme que ça se passe. C’est un peu long à expliquer mais c’était dans les termes de mon contrat. La vie avait repris son cours. J’ai accédé à mon poste de directeur de cet important département. Au bout de quelques jours, mon mari et mon fils sont venus me rejoindre. J’y ai passé cinq ans où de l’avis de tous, j’ai fait un excellent travail. Au terme de mon contrat, je devais réfléchir à le renouveler ou rentrer à Tunis. 

Quand j’avais dit à mes patrons que j’avais le mal du pays, ils m’ont encouragée à rentrer tout en créant pour moi un poste sur mesure. Ce poste allait regrouper toutes les représentations en Afrique et au Moyen Orient.

Mon bonheur est dans la terre…

Alia.L a fait des études poussées en Suisse pour embrasser une carrière difficile.C’est la passion du savoir qui l’intéressait et elle ne savait pas qu’il existait peu de débouchés en Tunisie. Après cinq années de travail dans son pays, Alia découvre que son bonheur était quelque part dans son patelin. C’est bien beau de faire de longues études et d’obtenir un paquet de diplômes. Je découvrais vite que la passion des études n’était pas celle du travail. J’ai du tenir quatre ans car je pensais qu’il y aura de ma part un effort d’adaptation. Mais en vain. A la mort de mon père, agriculteur de son état, j’ai pris conscience que la terre avait un attrait sur moi. Je me levais tôt le matin pour aller me noyer dans notre immense verger.

L’odeur de la terre m’enivrait et toute mon enfance me revenait quand j’accompagnais feu mon père à son travail. Mes deux frères qui travaillaient à l’étranger, étaient surpris, alors que nous évoquions la gestion de la ferme, de me voir dire que désormais je m’occuperais de nos terres. Un défi que j’ai relevé haut la main. Je me suis investie corps et âme pour imprimer une nouvelle dynamique et faire prospérer la ferme. C’était comme si j’avais fait depuis toujours ce travail et j’apprenais continuellement de la terre. Cela m’occupait tellement que j’avais retrouvé toute l’énergie du temps où j’étais encore étudiante. Quel bonheur d’aller tous les matins visiter mon domaine, parler aux arbres, caresser les feuilles et d’humer les parfums des bourgeons fleuris.

Il y a comme une relation charnelle entre la terre et moi. On se côtoie désormais tous jours, on se parle discrètement et il m’arrive même de lui confier mes souvenirs. Mes anciens collègues m’ont traitée de folle en quittant ma carrière. J’avais toujours surmonté cette fausse vérité car en fait si le travail que vous faites ne vous procure guère le bonheur que vous souhaitez, alors vous êtes sûrement passés à côté de votre idéal. En quelques années, les affaires ont prospéré. Je suis devenue dans le village, un modèle de femme pour les hommes. Combien de fois, je repoussais une proposition parce que je ne pouvais pas concevoir une union sacrée sans amour.

Il me semblait que seule la terre pouvait me conquérir. Elle accaparait toutes mes pensées et m’empêchait de baliser le terrain pour pouvoir un jour connaitre l’amour avec un homme. Cet homme se trouvait dans mon verger ! Un paysan aux yeux noisette. Ses cheveux châtains cadraient un beau visage bruni par le soleil de la campagne. J’ai dû l’aimer certainement parce que comme moi, il était lié à cette terre. Les habitants du village étaient complètement perplexes lors de notre mariage. J’ai toujours dit à mes enfants que c’était la terre qui a enfanté l’homme avec lequel je vis aujourd’hui et c’est le plus beau cadeau du ciel.

De l’hôpital aux plus belles ambassades

C’est à 40 ans qu’Amel décide de quitter son poste d’infirmière surveillante dans un hôpital régional pour se convertir avec son cousin rentré définitivement de l’étranger, dans l’ameublement de haut standing. Au début, elle n’y croyait pas trop. Elle voulait tout simplement ne pas contrarier son cousin. Elle a décidé de prendre trois mois de congé sans soldes et voir par la suite.

Qui ne connaissait pas Amel, la surveillante de l’hôpital de cette petite ville ? Elle avait une vie simple et toute tracée. Elle habitait avec ses parents et ne s’était pas mariée. Durant vingt ans, ses journées se consommaient à l’hôpital, ce deuxième chez elle. En fin d’après midi, elle traversait la rue et se retrouvait chez ses parents. Le lendemain, c’était l’éternel recommencement. Quand Hamid son cousin a décidé de se lancer dans l’ameublement, il lui demanda de travailler pour lui, parce qu’il lui fallait quelqu’un de confiance. Elle avait beaucoup hésité car le seul métier qu’elle savait faire, c’était celui de l’hôpital. 

Elle pensait après avoir obtenu les trois mois de congé sans solde, que son nouveau poste consisterait à « surveiller » ce qui n’allait pas bien dans l’entreprise, sans trop savoir quoi au juste. Mais d’emblée, elle était en plein dans le domaine du beau et du luxe. Un monde si différent de celui de l’hôpital. Un monde nouveau mais combien agréable. Pour Amel avait vite appris les tenants et les aboutissants du métier. Elle recevait les clients et les fournisseurs, s’occupait des factures, du recouvrement, gérait le personnel et les rendez-vous du patron. Amel faisait tout, comme quand elle était à l’hôpital. Elle demanda un autre congé sans solde pour une année. Au terme de ce dernier congé, elle prit la ferme décision de démissionner pour se consacrer entièrement dans le secteur de l’ameublement.

Depuis, sa vie a pris une autre tournure. C’est elle qui se déplace dans le monde entier pour les commandes, c’est elle aussi qui reçoit les riches clients, c’est elle qui meuble aujourd’hui les ambassades, les plus belles institutions tunisiennes et les plus beaux hôtels. J’avoue, que cela est très valorisant et très flatteur pour moi, confie-t-elle.

J.L

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