Société

Elles ont 40 ans et toujours célibataires. Témoignages

Elles ont entre 35 et 40 ans et très actives. Elles traquent leurs tailleurs contre un jean à la sortie du bureau mais aucun homme ne vient les chercher devant leur lieu de travail à la fin de la journée. Elles sont souvent jolies et ont un métier intéressant. Pourtant, elles n’arrivent pas à se « caser ».

Il n’y a plus d’hommes libres disent-elles toutes. A les entendre, la population tunisienne serait divisée d’une manière aberrante. D’un côté une cohorte innombrable de femmes seules, de l’autre, des hommes libres aussi rares qu’un trèfle à quatre feuilles. Pour résoudre ce mystère, il suffit de se pencher sur des statistiques de l’INS et chercher qui sont vraiment les hommes libres.

Psychologiquement plus mûres que leurs congénères, les femmes se marient souvent en masse avec des hommes plus âgés lorsqu’elles atteignent 35 ans. Après 60 ans, en raison de leur longévité, 51% des femmes se retrouvent seules contre 11% des hommes.

Qui sont les hommes libres ?

Il y a plus d’hommes que de femmes seules chez les ouvriers, les petits agriculteurs et les chômeurs. Le marquage de la pauvreté par la solitude est plus souvent masculin, alors que la réussite sociale par l’autonomie est plus souvent au féminin. Toutes les études sociologiques montrent que les femmes désirent des hommes plus grands qu’elles au niveau de la taille. Un homme plus petit a plus de chance d’être seul. Peut-on en conclure que si on veut se marier, il faut chercher un homme libre, jeune, pauvre et petit ? Rompre ainsi avec les modèles éculés qui nous poussent avec un conformisme navrant vers des hommes mûrs, riches et grands de taille.

Chercher la pépite chez le chômeur, la grandeur d’âme chez le petit et l’immaturité rafraichissante chez le jeune ?

Où sont les hommes divorcés

Comme les statistiques le prouvent, un couple sur trois divorce dans le grand Tunis. Logiquement lorsque les époux se séparent, cela devrait donner d’un côté une femme seule et de l’autre un homme seul, donc libre. Si les femmes connaissent souvent d’assez longues périodes de solitude, parfois définitive après un divorce, l’homme, lui, se remet beaucoup plus rapidement de sa solitude ou bien se marie avec la femme qu’il a connue lorsqu’il était marié.

De 34 à 40 ans voire plus, on rencontre plus facilement des hommes mariés qui ont derrière eux dix ou quinze ans de mariage. Qui pourrait par conséquent résoudre totalement le problème de la solitude au féminin pour les générations à venir ? Faut-il tout simplement donner naissance à plus de garçons que de filles ? Témoignages.

Soraya, 38 ans, responsable commerciale 

Les rencontres n’aboutissent généralement pas. Pourtant on m’a toujours dit que j’étais assez jolie. A chaque rendez-vous, mon cœur bat la chamade. Je me dis que cette fois ci, c’est la bonne. Mon rêve serait d’être avec un homme et surtout avoir enfin des enfants. Je suis consciente qu’à mon âge l’échéance est proche. C’est une course contre la montre. Je décuple donc toute ma gentillesse, toute ma compréhension pour retenir un homme.

A chaque fois, c’est un échec. Alors qu’au début, ils me disent tous qu’ils sont tombés sous mon charme. Quand je fais allusion à une future maison, à des projets d’avenir, ils se détachent, espacent les rencontres, trouvent des prétextes pour s’éloigner. Ils ont peur de s’engager. De ruptures en ruptures, j’ai décidé d’abandonner. Je ne fais plus aucun effort. Je vis en égoïste. Je m’occupe de moi même : sport, vacances, cinéma tout y passe.

Tout est planifié comme si je comblais des vides. Je suis consciente que la solution est ailleurs, mais il me semble que du temps de mes parents tout était plus facile : deux regards se croisent et c’est la bague au doigt.  Même si à long terme ce n’est pas une réussite, on ne divorçait pas.

Lamia B.  49 ans, nutritionniste : J’ai refoulé les hommes qui m’ont choisie.

Depuis toujours, j’ai été plus ou moins libre. Cette liberté m’avait épanouie. J’étais bien dans ma tête, dans ma peau et le côté économique a favorisé cette indépendance. Je m’investissais dans mon travail. Je n’enviais pas du tout mes collègues mariés qui avaient tellement de charges, limités dans leur liberté à cause d’un mari sévère, d’un enfant trop jeune ou d’un autre malade. Moi j’étais si loin de ces soucis. Le lendemain au bureau, j’étais toute fraîche après une bonne nuit de sommeil. Je me complaisais dans mon statut de célibataire.

Ceci dit, je n’ai jamais cherché non plus à être seule. Il y a une dizaine d’année, c’était toujours moi qui choisissais l’homme avec lequel je pouvais m’entendre et pour un oui ou pour un non, cela a foiré. Souvent, c’est moi qui partais. Aujourd’hui, je resterais bien avec certains d’entre eux. Les hommes m’ont choisie, je les ai refoulés. Je regrette un peu de ne pas leur avoir donné une autre chance. Mais je leur reproche aussi de ne pas avoir tenu bon.

Ce n’est que depuis ces cinq dernières années que j’ai commencé à ressentir le besoin d’une présence, d’être dorlotée, soutenue… Mes amis d’antan ont aujourd’hui d’autres préoccupations. Je me sens seule en posant souvent cette question : où est mon homme ? Mes réelles rencontres étaient toujours avec des hommes mariés ayant des problèmes avec leurs épouses ou bien des divorcés. Ces derniers m’appréciaient beaucoup. Ils trouvaient que j’avais de réelles qualités que d’autres n’ont pas. Je les écoutais, essayais de les consoler… En fait, je jouais sans doute pour eux le rôle du psy.

Ces hommes n’étaient pas en mesure de refaire leur vie. Je trouve le Tunisien assez superficiel, or j’ai besoin de ressentir beaucoup de considération pour un homme. Aujourd’hui, je cherche ailleurs en ces temps médiocres. J’ai connu assez d’étrangers qui étaient prêts à m’épouser. J’étais prête même à changer de société mais je n’ai pas eu le courage d’aller jusqu’au bout. Il y a une dizaine d’années, j’aurais tant voulu avoir des enfants. Mais actuellement cette histoire est oubliée. Je recherche aujourd’hui beaucoup plus une présence. Avoir un enfant sans père n’est pas un objectif. Je préfère avoir un mari. Mes neveux remplissent ma vie. Je suis prête actuellement à faire des concessions logiques en donnant la priorité au couple.

Hédia, 44 ans, cadre marketing

J’ai beaucoup donné à ma carrière professionnelle. C’était ma priorité et au dépend de ma vie privée. Aujourd’hui, c’est l’engrenage. Mon rythme de vie ne me laisse plus beaucoup de place pour les loisirs. Je suis très angoissée à l’idée de finir ma vie seule sans mari ni enfants. Aujourd’hui, rencontrer un homme sérieux n’est pas évident. J’ai l’impression de les faire fuir. Je refuse d’avoir recours au jeu faussé des petites annonces.

J’ai déjà rencontré des célibataires et même des hommes mariés qui ne s’entendaient pas avec leurs femmes. Ils me promettaient tous monts et merveilles mais jamais aucun d’eux n’a franchi le pas. Mes amis disent que je suis trop empressée auprès des hommes et que je demande l’impossible. J’ai peur et j’ai la phobie du temps qui passe trop vite.

L’avis du psychologue

Il existe un point classique dans ce genre de situation. Comment ces femmes sont-elles vues par les autres et par elles-mêmes ? Qui sont ces femmes ? Dans quel milieu ont-elles évolué ?

Dans leur milieu familial, il y a quelques caractéristiques communes qu’il serait intéressant de relever. Souvent, ce sont des filles uniques ou entourées de frères ou encore la dernière née de la famille. Le regard des parents devient assez particulier. Plus précisément le regard du père envers sa fille. Très souvent, Il s’agit de pères qui valorisent les études, étant eux- mêmes de hauts diplômés. Ils deviennent excessivement encourageants ou au contraire, des pères totalement analphabètes, affaiblis par les aléas de la vie.

Le père encourageant agit envers sa fille comme un moteur accélérant son niveau d’études. Cela marche bien au primaire, très bien au secondaire. Au supérieur et en fin d’adolescence, la jeune fille prend le pli avec la motivation inconsciente de son père et de ses fantasmes sur l’importance du savoir. Une obligation morale se fait sentir de la fille envers son père. Elle se veut à la hauteur du désir de son père pour mieux le retrouver.

Le même phénomène se passe chez les filles dont le père est ignorant. Le paradoxe est stupéfiant, mais ces filles réussissent aussi bien que les premières pour compenser la défaillance paternelle dans le domaine du savoir. C’est une revanche du style « toi mon père que j’adore, mes diplômes valoriseront le savoir que tu n’as pas eu ».

Une habitude de séduction par le savoir s’installe. L’université, l’âge d’or, la sécurité familiale… Tous les ingrédients sont là pour ressentir une certaine aisance, jusqu’au jour où ces femmes sont projetées sur le marché du travail. Elles dérochent souvent un bon poste et y excellent. Elle savent traiter et communiquer, mais elles ont toutes en commun une légère incompétence dans la confrontation sociale compensée de deux manières.

Ces femmes sont très timides ou agressives. L’engrenage est là. Cette timidité ou au contraire cette agressivité peuvent être transmuées par compensation en un vigoureux refus de se laisser dominer par un homme. Elles séduisent par la compétence dans leurs métiers mais ne savent pas séduire un homme par exemple. Ces femmes ont appris à avoir une image de l’homme à travers l’idéal de leurs pères. Lors du contact avec un autre homme, c’est l’échec et la déception. Elles n’ont pas appris à plaire autrement que par les études ou le travail.

Avec l’âge, elles prennent peu à peu conscience de cette insuffisance. Elles changent alors de look pour augmenter leur chance de rencontrer un homme à qui elles plairont. Mais au regard des hommes qui souffrent d’un préjugé, ces femmes sont dangereuses. Pour eux, une femme instruite ne peut être que redoutable. Elles possèdent un pouvoir sur l’élève, l’étudiant, l’employé mais pas sur l’homme qu’elle pourrait rencontrer un jour.

N.A

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