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Décès de Noureddine Diwa

La légende de football tunisien Noureddine Ben Yahmed beaucoup plus connu sous le nom Noureddine Diwa est décédé en cette triste journée grise de confinement général. Considéré comme le joueur le plus talentueux de son époque, adulé, encensé et admiré, Diwa est comme monument du football.

Né dans le quartier populaire de Rahbet El Ghnam à Tunis, il s’éprend de football dès son enfance et participe aux matchs inter-quartiers. À peine douze ans, il signe sa première licence à l’Espérance sportive de Tunis . Il se distingue très vite par ses qualités techniques et son sens du but. En 1952, après l’arrêt des compétitions en raison des événements politiques, il est autorisé à signer une licence provisoire au profit de l’Union sportive tunisienne (UST) qui a formé une équipe de choc avec Diwa, Hamoudia, Victor Abitbiol et Hubert dit Bébé Slama.

L’UST écrase tout sur son passage et remporte le critérium des juniors. Diwa en est le chef de file et l’attraction du public. Albert Smadja, en relatant le match opposant l’équipe à Jeanne d’Arc, décrit l’un de ses exploits : Noureddine surveillé par un groupe de joueurs, d’un flegme imperturbable, l’excellent attaquant ustien dribble un à un les équipiers adverses et arrive vers le gardien. Celui-ci avance vers lui voulant lui soustraire le ballon. Plus fin et plus intelligent, Noureddine recule, Guarino tombe grâce à cette feinte et le joueur marque sous les applaudissements.

Son talent incite les dirigeants du Stade tunisien, déterminés à bâtir un grand club, à le persuader de signer en leur faveur. Il déserte l’UST à la veille du championnat d’Afrique du Nord juniors et provoque le courroux de son club d’origine pour lequel il est toujours licencié.

Le président de l’EST, Chedly Zouiten, opposé à tout esprit de vedettariat, ne veut plus de lui et le libère au grand bonheur du Stade tunisien avec lequel il réalise une excellente carrière. En 1953-1954, il cumule le championnat régional des cadets, le doublé national des juniors et le championnat de troisième division avec les seniors. Il atteint également la demi-finale de la coupe d’Afrique du Nord. En 1954-1955, il permet à son club d’accéder en division nationale en marquant notamment quatre buts au cours des barrages.

Mais Diwa, malgré son talent, manque de fougue et d’agressivité. Il lui arrive de décrocher et de manquer d’enthousiasme, ce qui lui vaut son surnom de Diwa, une déformation de l’expression dialectale doua qui signifie esprit dilettante. Parmi l’élite, il accumule les titres et les lauriers. Il est contacté par Le Havre mais ses dirigeants opposent leur veto à son émigration.

À l’issue de la saison 1961-1962, il part vers le Limoges Football Club où il joue pendant cinq ans et réussit un beau parcours. En 1968, il revient en Tunisie pour terminer sa carrière au sein de son premier club, l’EST. Il se lance par la suite dans une carrière d’entraîneur pendant quelques saisons mais sans grande réussite, avant de se consacrer à l’activité agricole.

Pour Mustapha Zoubeidi, Diwa, court sur pattes, légèrement courbé en marchant, ne donne jamais l’air d’un champion tant sa timidité le limite à de très brèves apparitions en dehors du stade où il accapare toute l’attention par non seulement ses prouesses techniques mais même par son jeu sans ballon. Diwa avait le don de désaxer les meilleures défenses par son déplacement sans ballon. Il était capable à lui seul de forcer une décision, de changer le cours des événements, de basculer un match.

Son épouse Emel Agrebi, fille de l’homme de théâtre tunisien Abdelaziz Agrebi, est inconsolable. Nourredine, mon mari, mon amour de jeunesse, vient de nous quitter, silencieusement, discrètement à la façon de l’homme qu’il a toujours été, loin des médias et des projecteurs. Avec lui j’ai connu des moments de bonheur absolu, j’ai abandonné tout ce que j’avais de plus cher pour le suivre malgré les obstacles à notre union mais nous y sommes arrivés, confie-t-elle.

Nous avons eu deux beaux enfants dont nous sommes fiers. J’ai suivi tous ses matchs, j’ai aimé tout ce qu’il faisait. Mon Dieu, je parle de lui au passé, le grand amour de ma vie est parti. Je ne peux plus rien dire car ma vue se brouille. Un nuage gris obscurcit ma chambre.

Noureddine Diwa venait d’avoir 83 ans.

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