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Crypto AG, l’entreprise suisse qui a permis à la CIA d’espionner 120 pays dont la Tunisie

Pendant plus de quarante ans, de la fin des années 60 au courant des années 2000, des gouvernements du monde entier s’en sont remis à une seule entreprise, Crypto AG, pour assurer la confidentialité des communications de leurs espions, soldats et diplomates.

Or, comme le révèle le Washington Post, l’entreprise, vendue en 2018, était secrètement noyautée par la CIA, en partenariat avec les renseignements ouest-allemands, en leur temps. Les deux agences truquaient les produits de Crypto afin de casser les codes utilisés pour les messages chiffrés.

La firme suisse a accumulé des millions de dollars en vendant des équipements à plus de 120 pays – dont 62 connus – jusqu’au début du 21ème siècle. Parmi ses clients : l’Iran, les juntes militaires d’Amérique latine, les rivaux nucléaires indiens et pakistanais, et la Tunisie.

Parmi les secrets les mieux gardés de la Guerre froide, cet arrangement entre les Etats-Unis et la RFA, connu sous le nom d’opération « Rubicon », est détaillé dans un rapport historique de la CIA de 96 pages daté de 2004, que le Washington Post et la chaîne de télévision publique allemande ZDF. Ce document est complété par les retranscriptions de comptes-rendus oraux du renseignement allemand remontant à 2008.

Crypto AG a obtenu son premier contrat pendant la Seconde Guerre mondiale, pour fabriquer des machines codeuses utilisées par les troupes américaines. Inondée de dollars, l’entreprise est devenue un fabricant de dispositifs de cryptage pendant des décennies, passant des rotors mécaniques aux puces en silicone.

A partir de la fin des années 60, la CIA, la NSA et leurs partenaires allemands ont piloté de loin tous les aspects du développement de Crypto : embauches, conception, trucage, et bien sûr ventes.

Les communications égyptiennes lors des négociations de Camp David en 1978, l’évolution de la prise d’otage à l’ambassade américaine de Téhéran entre 1979 et 1981, les messages argentins pendant la guerre des Malouines en 1982… Autant de renseignements parvenus aux oreilles de la CIA grâce à Crypto.

L’importance de Crypto sur le marché de la sécurité est allée décroissante, la production de la société étant rendue peu à peu obsolète par l’essor des technologies de cryptage en ligne, devenues monnaie-courante pour les applications de smartphones.

Le Bundesnachrichtendienst, les renseignements allemands, en est venue a donc quitté le navire au début des années 90. Plus confiante, la CIA a alors racheté les parts du BND dans la société Crypto, poursuivant ses activités jusqu’à 2018, date à laquelle l’agence a liquidé ses parts dans l’entreprise, pour 50 à 70 millions de dollars.

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