Billet d'humeur

Chaque musulman a l’obligation morale d’être ambassadeur de l’amour, de la fraternité et de la liberté

Un petit voyou, ignare et satané, a assassiné, vendredi 16 octobre 2020, un enseignant d’un collège, près de Paris, parce qu’il inculquait à ses élèves les valeurs de la liberté, notamment celles de la liberté d’expression et la liberté de croire ou ne pas croire.

La victime aurait conduit une discussion sur la liberté en lien avec la republication de Charlie Hebdo des caricatures sur le prophète Mohamed.
À l’énoncé de cette horrible nouvelle, j’ai l’impression d’être soudainement emporté par des tsunamis de regrets et de remords, me plongeant corps et âme dans les abysses tourbillonnants de la confusion, de l’incompréhension, des enchevêtrements de l’absurde et de l’irrationalité, jusqu’à nourrir en moi, dès lors, un fort désagréable sentiment de crainte et de culpabilité devant celui en qui j’ai voué ma foi.

Et pourtant, au regard du premier mot révélé au Prophète Mohammed « LIS », Coran S96-V1, chaque musulman a comme première obligation de s’instruire, avant même de croire au Créateur. La mission d’un enseignant est tellement sacrée que le Prophète Mohammed lui-même avait dit : la mission d’un enseignant est la plus proche de celle d’un messager de Dieu.

Le vaurien qui a commis cet acte barbare n’avait pas lu que la mission de son Prophète qu’il prétend défendre est : Et Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour les mondes. Coran. S21-V107.

À la lecture de ce verset, et bien d’autres, chaque musulman a l’obligation morale d’être ambassadeur de l’amour, de la fraternité et de la liberté. Mais qu’avons-nous donc fait de cet islam que bâtirent Abraham, Ismaïl, Isaac, Moïse, …, Jésus et couronné par Mohammed, non sans efforts éprouvants, inlassablement à la sueur de leur front, pierre après pierre, jusqu’à ériger une religion dont le premier pilier est la croyance en un Dieu unique et le second (ce qui exclut l’existence d’un troisième) pilier est le dévoiement au service d’autrui.

À travers tout le Coran, il n’existe aucun verset qui stipule la nécessité d’observer le premier sans être accompagné par la nécessité de se soumettre au second. Croire au Dieu unique sans avoir comme première mission d’être corps et âme au service d’autrui est irrecevable au regard du Coran.

La croyance au Dieu unique exclut également toute sacralité à quiconque autre que Dieu. Croire que le Prophète Mohammed ne doit pas être caricaturé est une forme d’associationnisme incompatible avec la croyance en un Dieu unique. Le Coran a même blâmé le Prophète dans certains versets, notamment à la Sourate 80, pour rappeler aux fidèles qu’en dehors de sa mission prophétique, le dernier messager est un être humain comme tous les autres.

Alors qu’avons nous fait de notre Coran qui se voulait un livre de transmission de valeurs humaines et universelles ; résumées notamment par les versets 151-153 de la Sourate 6 ? Qu’avons-nous fait de notre religion qui se voulait spirituelle, respectueuse de la liberté de croire ou de ne pas croire et je dirai même laïque comme il est écrit :

  • Et si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants ? S10- V99.
  • Eh bien rappelle! Tu n’es qu’un rappeleur, et tu n’es pas un dominateur sur eux. S88-V21/22.

Qu’avons-nous fait donc de cet islam garant de la liberté de conscience : Et dis: La vérité émane de votre Seigneur. Quiconque le veut, qu’il croie, quiconque le veut qu’il mécroie. S18-V29.

La réponse est toute simple. Elle est résumée de façon magistrale par un philosophe tunisien, Youssef Siddik dans un livre intitulé : Nous n’avons pas lu le Coran!

En effet, au lieu de lire le Coran avec nos propres lunettes, nous avons sous-traité la première injonction Coranique, « LIS », aux exégètes de la cour des califes Omayades qui ont dévoyé le verbe de Dieu pour justifier les conquêtes et l’élargissement de l’empire islamique. Nous avons sacralisé les interprétations de la parole de Dieu faites par des imams incultes qui n’ont jamais étudié les abc de la philosophie de Socrate, Platon, Aristote, Épicure, Confucius, Al-Kindi, Averroès, Spinoza et Nietzsche, etc.

Être un bon musulman, concilié avec son temps, c’est libérer sa conscience des dogmes religieux établis par le SALAF : Et quand on leur dit : Suivez ce que Dieu a révélé, ils disent : non mais nous suivons le chemin emprunté par nos ancêtres. Quoi ! Et si leurs ancêtres n’avaient rien raisonné (compris) et n’avaient point été guidés (n’avaient pas été dans la bonne direction)? S2-V170. C’est affranchir sa sagesse par la raison : Certes, Nous exposons les preuves pour des gens doués de savoir. S6-V96/97.

Avec son acte barbare, l’assassin scélérat, comme tous ceux qui ont commis des crimes odieux au nom de leur SATAN, ont trahi l’esprit du livre auquel ils prétendent se référer et le prophète qu’ils croient défendre. Plus grave encore, ces criminels ne se rendent pas compte qu’on ne peut jamais faire taire une voix libre en la tuant parce qu’elle ne pense pas comme eux.
C’est bien l’effet contraire qu’un tel geste abjecte et barbare produit, tout en jetant l’opprobre sur toute la communauté du vaurien.

Je rêve d’un jour où chacune et chacun de nous partage la formule attribuée à Voltaire, qui mérite d’être rappelée : Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. Librement!

Sami Bibi, universitaire

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