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Célibat : Vivre heureux, c’est vivre seul. Témoignages

Ils sont nombreux ces Tunisiens à ressentir qu’il est possible de bien vivre en dehors de la vie de couple, qui est pour eux loin d’être un long fleuve tranquille au vu du nombre de divorces (14 982 jugements de divorces en 2015, quatrième rang parmi les pays les plus « divorcés »). On parle souvent de vieille fille pour dire qu’une femme est toujours célibataire passé la trentaine et la quarantaine. Aujourd’hui, il serait également plus juste de parler aussi de vieux garçons. Notre enquête met un coup de projecteur sur un phénomène un peu inconnu, mais qui connait ces dernières années une croissance significative chez les deux sexes : par choix, par contrainte, par conviction ou pessimisme, de plus en plus d’hommes et de femmes font l’impasse sur la vie en couple.

Leila Amir Hassen

Pour Leila Amir Hassen, 55 ans, vivre seule est un choix. Je ne me remarierai pas, j’ai vu trop de désastres à partir de ma propre expérience déjà. Avoir un compagnon de route est sans doute souhaitable, mais pas à plein temps. Aujourd’hui, les femmes, qui ont eu leur indépendance économique peuvent avoir ce choix. Ma vie seule, je la vis totalement. Même si parfois j’ai cette envie de refaire ma vie, seulement pas à n’importe quel prix, explique Leila, mère divorcée depuis 5 ans. Je profite de l’affection que je puise auprès de ma fille, ma famille et mes amis… À l’heure où le mariage n’est plus un passage obligé, où la société devient individualiste, nous sommes tous amenés à connaître des moments en célibataire, ajoute-elle.

Toutefois, les célibataires rencontrés ont beau prouver qu’ils peuvent exister autrement qu’en couple. Ils dérangent plus ou moins la société de culture arabo musulmane.

Rachida, 58 ans, est seule sans enfants. Elle confie « Lorsque je suis en famille, j’ai l’impression de déranger. Au travail, j’encaisse toutes les remarques. Dans le passé, cela m’exaspérais et je voyais rouge. Aujourd’hui, je tente de prendre du recul de ce qu’ils reflètent sur moi et qui n’est en rien mon miroir. » Encore aujourd’hui, on continue d’attendre du célibataire qu’il trouve enfin sa moitié et bien avant si possible d’atteindre la trentaine, date limite pour tous ceux qui ne sont pas encore « casés ». Quant aux personnes divorcées, il leur faut tourner très vite la page en retrouvant quelqu’un.

« La pression est beaucoup plus insidieuse, explique un sociologue. Même si actuellement nous pouvons être élevés dans une idéologie régie par le culte de l’individualisme. Il n’y a plus d’obligation à former une famille traditionnelle, mais l’incitation à être en couple demeure très lourde. Durant très longtemps, les femmes se sont définies par rapport à leur époux. Aujourd’hui, c’est un peu fini. Plusieurs personnes, se retrouvent elles-mêmes. Elles définissent leurs goûts, font des choix…. non en fonction d’un autre ou d’une autre ».

Noura B.S, 39 ans, s’est mariée à 28 ans. Elle s’est séparée du père de ses enfants depuis 4 ans. Elle confie : « J’étais à l’époque complètement perdue. Rien qu’à l’idée d’aller dormir et de vieillir sans personne à mes côtés me terrorisait. Le fait que je sois seule tracassait avant tout mon fils de cinq ans. Il voulait à tout prix que j’aie un « amoureux ». Cela m’avait touchée et beaucoup déculpabilisée. Je m’inquiétais pour lui, car il s’inquiétait pour moi. Nous en avons parlé lui et moi. Aujourd’hui, il n’y trouve pas la même urgence et c’est tant mieux ! Je suis très bien toute seule et il l’a compris. Mais voilà qu’à présent, c’est mon entourage qui s’inquiète. La première année, on pouvait bien m’accorder d’être seule, mais trois ans après, cela devenait long. On me demande quotidiennement si je n’avais pas rencontré quelqu’un et on cherche à me présenter un homme. Je souris en disant que je n’ai pas vraiment le temps pour ça. Il est d’ailleurs bizarre le temps où je ressentais le fantasme de la famille. Il me faut trouver un nouveau modèle. Je ne suis pas attirée par celui de la famille recomposée. Il m’arrive seulement de sortir pour goûter tout simplement à ce plaisir inédit de la solitude et du silence. L’idée de partager ma chambre ne me fait pas peur. Celle de laisser entrer un homme dans mon quotidien ne me plaît pas par contre. Je pense c’est ce qui choque notre société.

Beya Zardi

Beya Zardi, chroniqueuse et comédienne confie « le célibat n’est pas du tout pour moi un projet de vie mais un fait auquel je me suis habituée, j’y ai pris goût. Je ne veux plus qu’on envahisse mon espace de liberté. Il m’arrive d’être troublée de constater à quel point je vis cette solitude que je remplis bien par ma carrière et qui me plait. Je me demande souvent si je n’avais pas perdu la capacité d’aimer. J’ai une vie bien organisée et je me réserve des moments appréciés avec ma famille, mes neveux et nièces. C’est cela en fait la grande faveur. Je ne suis pas prête à renoncer. Vivre avec un compagnon, c’est vivre continuellement avec l’idée de l’autre et de ses envies. Je me suis déjà mariée avec un artiste (Slim Damak).

C’était un mariage d’amour qui a duré 15 ans. Mon ex époux avait un talent fou mais n’avait aucune ambition. Il stagnait alors que j’étais frustrée de ne pas voir une notoriété l’envelopper. Lui ne faisait rien, cela m’exaspérait, je souffrais car je me sentais impuissante devant tant d’indifférence à l’ambition. Moi je vivais ma réussite qui n’était pas accompagnée de celle de mon mari que je voulais tant. Je n’en pouvais plus et j’ai décidé de partir même si cela l’avait surpris. Il ne pouvait pas comprendre. Ce n’est qu’ensuite qu’il avait enfin compris en respectant mon choix de partir. Cela fait aujourd’hui plus de 20 ans que chacun fait sa vie. Lui s’est remarié avec une femme qui lui ressemble. Deux échecs ensemble cela peut marcher. Cela n’empêche que nous avons gardé Slim et moi ce lien solide en devenant les meilleurs amis du monde. Il n’admettra jamais à quelqu’un de dire du mal de moi et moi également. Actuellement je réussis mon développement personnel ailleurs. Je vis en solo depuis des années et me sens très épanouie sans plus aucun blocage ni frustration. J’ai redécouvert mes propres goûts et je me sens totalement forte et libérée. En fin de compte, je me suis découverte d’assez bonne compagnie. »

Le choix des célibataires convaincus

Mehdi Bachtarzi

Lorsqu’on est en couple, on peut se retrouver à faire beaucoup de concessions. On peut même s’apercevoir que notre partenaire ne nous convient pas du tout. Ce n’est pas la femme ou l’homme qu’on avait rêvé d’épouser. « C’était sans doute la bonne chose à faire affirme Mehdi Bachtarzi, 28 ans, bel animateur au « top 30 » sur RTCI. Il vaut mieux être seul qu’un peu accaparé en quelque sorte ou avec une compagnie qui peut limiter mon espace de liberté et d’ambition. J’ai eu pas mal de relations éphémères et se séparer d’une personne n’est pas chose simple, mais c’est un choix qui paraît naturel, lorsqu’on en est convaincu par nos fortes ambitions. Je suis une personne entière et je ne peux nuire à une compagne qui peut avoir besoin que je sois là. On peut se fréquenter soi-même, en étant encore plus à son écoute…trouver les passions pour se réaliser sur les plans, qu’on ambitionne. Décider d’être encore célibataire est même pour moi pour le moment, réellement bénéfique. J’éprouve le besoin de me recentrer sur moi- même. La rencontre peut venir après, au moment où on ne s’y attend sans doute pas ».

Pour Lotfi B. « on se rend compte à quel point il est bon d’être seul, plus de chamailleries ni de pression. J’ai décidé même de ne plus jamais être en couple depuis longtemps. J’ai décidé d’arrêter de faire l’apologie du couple comme avant! Aujourd’hui, mon célibat épanoui est favorable à mon développement personnel. On apprend à ne pas culpabiliser. »

« J’ai déjà enchaîné les relations amoureuses durant longtemps confie Taieb L. 48 ans, ingénieur. Je ne supportais pas d’être seul. Après une multitude d’échecs, j’ai préféré m’enfermer dans le célibat et je ne m’en porte pas plus mal. Je fais partie de ces hommes qui se sont dit : « Entre l’amour et le travail, fais un choix. » J’avais mis fin à une relation de trois ans pour me concentrer sur ma carrière professionnelle. Ma campagne ne comprenait pas mon rythme de travail artistique et moi je ne pouvais pas être totalement sur les deux fronts. J’ai par conséquent décidé d’opter pour mon travail pendant des années, pour ensuite essayer de rencontrer peut-être la femme de ma vie.

Je ne supporte pas rendre des comptes à quelqu’un

Certains vous diront que le couple est synonyme de liberté et d’épanouissement, moi j’ai la conviction que cela n’est possible que lorsqu’on est seul à gérer sa vie. Je n’ai aucun compte à rendre à personne et c’est ce que j’apprécie, explique Mourad A. artiste de 40 ans. « Je ne voudrais pas perdre mon temps avec des femmes qui ne me ressemblent pas. « Mais comment savoir si une femme en vaut la peine ou pas? « , s’interrogent mes amis. En ce qui me concerne, j’ai besoin de découvrir et de connaître une femme avant d’envisager une relation avec elle. Sans doute tomberais-je sur une personne qui en vaut la peine mais j’en doute fort.

Tous mes amis mariés de mon âge souffrent en silence affirme Mehdi 33 ans. La rencontre surprise! Voilà ce qui m’enthousiasme et ce qui m’excite vraiment. J’opte pour les débuts car j’ai une prédilection pour le célibat. J’aime aller à un premier rendez-vous, me préparer, découvrir celle que j’ai en face de moi, mais le passage à l’acte est une autre étape qui n’arrive pas automatiquement. »

Noura 42 ans, militante dans la société civile. « moi, je suis amoureuse du célibat. J’aime être tranquille, disponible et seule pour mes amis. Même si j’ai eu des relations épanouissantes, elles ne l’ont jamais été autant que le célibat. En définitive je suis ce qu’on appelle une femme heureuse et épanouie dans son célibat. Mon statut marital sur Facebook n’a pas changé depuis trois ans ! Je ne veux pas paraître malveillantes envers les hommes ni envers mes amoureux que j’ai rencontrés, mais certains, m’ont comme vaccinée des relations. J’ai choisi d’être célibataire plutôt que de jouer entre les relations instables qui compliquent ma vie. En plus, il paraît que lorsqu’on ne cherche pas l’amour, il se dévoile. Alors j’attends ! ».

Chedly R. 50 ans, n’a pas connu son père et est resté bien trop proche de sa mère. « Je n’ose pas la lâcher, il m’a fallu tout un décodage pour parvenir à comprendre que cela m’empêchait de construire une relation durable. C’est aussi le cas de Youssef K. qui a vu sa mère se débattre dans des relations avec divers hommes. « Je suis désormais incapable de faire confiance et m’ouvrir à l’amour d’un partenaire affirme t-il. » J’ai vécu pendant 5 ans avec ma femme. J’ai divorcé et je suis de nouveau célibataire et très heureux. Plus aucune contrainte, je me rattrape sur tout ce que je n’ai pas pu faire étant marié. Sorties, soirées entre amis… pour le moment je ne pense plus pour deux et cela me convient parfaitement affirme Rafik 68 ans retraité du tourisme.» Vivre heureux, c’est vivre seul.

Quant à Sadek 47 ans haut cadre financier en France affirme qu’il ne s’est jamais marié. « Je ne peux pas savoir à quoi ressemble la vie de couple. Mais ça ne me dérange pas. Cela peut attendre. Pour l’instant, je suis plus fiesta et plus dans ma carrière. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer et ainsi, pas vraiment le temps d’être dans une relation contrôlée. Quand j’entends mes amis parler mariage, enfants, et tout ce qui s’en suit, je suis vraiment ravi d’être célibataire. Pour le moment, je profite c’est tout. »

Nous avons rencontré également des personnes anxieuses et préoccupées où le stress prime et qui se trouvent obligées d’être dans un célibat forcé. Une rencontre également avec des célibataires pessimistes et que tout le plaisir qu’ils ressentent et tout ce que cela leur apporte ne sont que de simples croyances qu’ils créent. Ils regardent différemment et avec beaucoup de distance les relations de couple qui pour eux sont un non sens.

N.A

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