Billet d'humeur

Bonjour, je m’appelle Mehdi et je suis dépressif

Ce texte me demande du courage, énormément de courage. J’ai longtemps hésité avant d’écrire, par pudeur et parce que je tiens à ma vie privée. Je ne sais pas par où commencer et j’appréhende certaines réactions (la pitié surtout). Seuls mes parents et quelques amis sont au courant. Le reste du monde voit en moi un homme heureux, un homme qui aime déconner alors qu’au fond de lui il ne pense qu’à se pendre.

On dit que pour connaître le bonheur, il faut parfois passer par la souffrance. Et la souffrance, je l’ai connue, je la connais. Il y a douze ans, j’ai fait une dépression nerveuse d’une violence inouïe et ma vie a basculé. Mais avant tout, j’ai envie d’apporter quelques précisions. Il y a une tendance à banaliser les maladies mentales, démocratisées par les séries US. C’est la grande mode. N’importe quelle personne qui sourit, puis ne sourit plus se dit bipolaire. Une fille qui vit une rupture amoureuse se dit dépressive. C’est vite dit. Et je peux vous assurer qu’entendre ce genre de diagnostics c’est dur.

Car la dépression vous prend tout. Votre temps, vos pensées, votre amour-propre. La dépression c’est des nausées incessantes, de la fatigue, des pleurs, une perte d’appétit, des insomnies, du dégoût. C’est aussi la peur. La peur du lendemain. Etre dépressif ce sont des efforts surhumains, des efforts pour manger, des efforts pour aller aux chiottes, des efforts pour sourire, pour rencontrer des gens, des efforts pour travailler, des efforts pour sortir du lit. N’importe quel geste du quotidien, fut-ce-t-il anodin, demande un effort et une charge émotionnelle.

Au bout d’un moment on est lessivé, réduit en lambeaux. La dépression vous ronge lentement de l’intérieur, une longue descente aux enfers. Les gens oublient très souvent ce que peut être une longue descente aux enfers. On n’est pas mort, on vit reclus dans les méandres de son esprit. Une telle hibernation n’est pas forcément volontaire. Lorsque votre esprit se sent faible et que vos journées ne sont qu’une répétition incessante d’inactions et de pensées désespérées, il devient difficile de trouver la force pour faire quoi que ce soit.

Vous vous plongez dans un mutisme de peur que vos gémissements internes ruinent la bonne humeur des autres. La dépression est un cataclysme, une enclume qui vous écrase et emporte au passage la plupart de vos relations sociales.

Après toutes ces confidences je tiens à rassurer tout le monde. Je ne suis pas suicidaire et j’aime la vie. Ma maladie, j’ai appris à vivre avec, en attendant des jours meilleurs. Je remonte la pente et chaque jour est un succès contre la dépression. Je ne baisserai jamais les bras, je le fais d’abord pour moi mais aussi pour mes parents, mes infaillibles soutiens. Et l’autodérision m’aide beaucoup. J’adore me foutre de moi, de ma maladie, j’adore choquer car le rire est le meilleur remède.

Je ne suis pas malade, je suis juste différent. Gardons nos meilleurs sentiments aux gens qu’on aime. C’est à la dépression et autres maladies que nous devons réserver notre mépris.

Mehdi Ayadi

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