Billet d'humeur

Bochra Belhaj Hamida, la Simone Veil de Tunisie

Colibe, la « Commission des libertés individuelles et de l’égalité », est une Commission tunisienne créée par le Président de la République Beji Caid Essebsi, afin de préparer un rapport sur les réformes législatives relatives aux libertés individuelles et à l’égalité entre les sexes, conformément à la Constitution de 2014, ainsi qu’aux normes internationales des droits de l’homme.

La Commission, dirigée par le vaillante Bochra Belhaj Hamida, avocate, défenseur des droits de l’Homme et membre du Parlement, s’est vue confier la difficile tâche d’accorder une contribution substantielle aux libertés individuelles, fondamentales et d’égalité, conformément à la Constitution, qui comprend en fait un certain nombre d’articles sur les libertés individuelles et les principes d’égalité datant du protectorat français ou de la période de la dictature, articles de nos jours incompatibles avec les principes démocratiques énoncés dans la nouvelle Constitution.

La Commission qui a déjà présenté son rapport définitif de 235 pages a énuméré un certain nombre d’articles et de lois menaçant les libertés individuelles et l’égalité entre les hommes et les femmes, en particulier la si critiquée loi sur l’héritage qui conformément à la loi islamique accorde le 2/3 à l’homme et 1/3 à la femme ou encore les discriminations contre les homosexuels, les relations entre sexes égaux punies encore aujourd’hui avec un maximum de trois ans de prison (loi coloniale de 1912), ou encore la liberté artistique, scientifique et intellectuelle, la liberté de ne pas jeûner pendant le mois de Ramadan…

Il est clair que toutes ces inégalités vont non seulement contre les principes démocratiques, mais aussi contre les engagements pris par la Tunisie à l’égard des organismes internationaux. La Commission formée par des intellectuels tunisiens, des juristes, des universitaires, a choisi d’adopter une démarche participative et consultative invitant les principaux acteurs de la vie publique à contribuer à ce grand projet innovateur. Grâce à ce type de procédure, les ministères, les partis politiques représentés au Parlement, les différentes organisations de défense des droits de l’Homme, la société civile, les professeurs d’université, les sociologues et les théologiens, ont exprimé leur point de vue participant à la rédaction de ce rapport, permettant à la Commission de faire avancer les travaux de manière significative.

Comme vous pouvez l’imaginer, les partis religieux conservateurs tels que les frères musulmans, les imams et les extrémistes de tout bord, sont contre le projet innovateur de la Commission, menaçant même de mort Bochra Bel Hadj Hamida qui s‘est ainsi exprimée : «tous les bruits sur la COLIBE sont infondés. Le seul but est de semer la haine chez les Tunisiens. Le rapport établi par la Commission ne peut être appliqué. Ce sont des recommandations qui peuvent être validées ou non par le Président de la République. Nous avons voulu ouvrir un débat de haut niveau qui permettra aux Tunisiens de discuter et de prendre conscience des libertés individuelles et de l’égalité.

Tout le monde peut critiquer ou rejeter les suggestions contenues dans le rapport de la Commission. Vous pouvez être d’accord ou pas avec le rapport proposé par la COLIBE, mais ce qui est sûr, c’est que Bochra Belhaj Hamida est parmi les figures les plus importantes et charismatiques et parmi les rares personnalités politiques tunisiennes à rester jusqu’à aujourd’hui fidèles aux engagements pris. Cette honnêteté, non seulement intellectuelle, a permis à Mme Bel Haj Hamida d’être reconnue au delà de nos frontières et de faire partie des personnalités tunisiennes les plus importantes.

Ses idées ont été défendues et publiées sur de prestigieux journaux français comme «Le point» et le «Le canard enchaîné» qui ont rendu hommage à la Présidente de la Commission. Il est également normal que les membres de la Commission soient amèrement critiqués par les partis religieux conservateurs qui tendent toujours à tirer la Tunisie vers le bas au nom de la religion. Il est par contre inacceptable et d’une grande gravité le fait que Bochra Belhaj Hamida soit menacée de mort par des imams extrémistes qui refusent en bloc les libertés individuelles et les principes démocratiques. Rappelons-nous, cependant, que même Simone Veil, grande femme et politique française, défenseur des droits de l’Homme, ministre française de la santé, sous le gouvernement de Valery Giscard d’Estaing, a présenté le 26 novembre 1974 aux membres du Parlement, son projet de loi sur la dépénalisation de l’avortement.

Le 17 janvier 1975, la loi Veil, légalisera l’interruption volontaire de grossesse et sera promulguée. Simone Veil sera menacée, dénigrée, insultée, par tous les partis politiques, y compris les partis de gauche, ainsi que par l’église française. Aujourd’hui, Simone Veil est une icône des droits de l’Homme et elle repose au Panthéon. La jeune démocratie tunisienne traverse aujourd’hui une série de crises prévisibles, dues à de nombreux facteurs post-révolutionnaires, elle a besoin de toutes les forces libres, laïques et démocratiques, nécessaires à une vraie révolution culturelle.

Pr. Alfonso Campisi

Président Chaire Sicile pour le dialogue de Cultures et de Civilisations Président AISLLI, zone Afrique

Université de la Manouba

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