Billet d'humeur

Ayant enfin obtenu la nationalité tunisienne, Alfonso Campisi témoigne sa reconnaissance

Pourquoi demander la nationalité tunisienne ?

Celle-ci a été une des questions les plus récurrentes qui m’ont été posées par des amis tunisiens pendant ces trois années. Ma réponse, elle a toujours été : Et pourquoi pas ?

J’ai demandé la nationalité tunisienne par mérite il y a trois ans au feu président de la République Beji Caïd Essebsi, lui adressant une lettre lui expliquant mon désir de devenir tunisien. Dans cette lettre écrite avec le cœur, je lui avais expliqué qu’au bout de 20 ans de présence dans ce pays, ma demande ne pouvait pas être ignorée. Cette lettre publiée sur votre plateforme a fait le buzz. J’ai été invité partout : radios, chaînes télévisées, interviews à la presse tunisienne et internationale… Je ne comprenais pas !

Je suis arrivé en Tunisie par hasard et pour y rester deux ans. Mais j’ai toujours connu la Tunisie à travers les contes de ma grand-mère maternelle Vitina Caruso, qui avait séjourné pendant de longues années en Tunisie avec sa famille. Même ma famille paternelle, les Campisi y avaient passé une longue période avant d’émigrer aux USA.

Donc un pays que depuis ma toute jeune enfance m’a toujours été familier. Ma grand-mère m’a appris à compter en français, en arabe, à connaître les histoires de Joha, en sicilien Giufà et ainsi de suite…

Obtenir la nationalité tunisienne était devenu pour moi une question de vie ou de mort. Une vraie question identitaire qui me permettait aussi de faire partie intégrante de ce beau pays et de me lier en quelques sorte à ma grand-mère.

J’ai toujours dit que la Tunisie m’a adopté et moi, à mon tour, je l’ai adoptée. Ce pays qui représente en lui-même cette Méditerranée, si riche et si complexe, si colorée, si contradictoire, si difficile à comprendre…là où le bleu est si bleu et le blanc très blanc, là où le thé est très sucré et la lumière est si intense. Voilà ma Tunisie, voilà ma Méditerranée.

Je suis pour une identité plurielle et la Tunisie incarne cette pluralité. Oui à une identité plurielle, non à une identité meurtrière !

La Tunisie m’a beaucoup donné, je lui en suis très reconnaissant. Peut-être que je suis un peu artiste dans l’âme ou bien un rêveur, je ne sais pas…mais de Paul Klee à Alexandre Roubtzoff ou encore à Lenardt et Landrock, cette terre a été une terre d’inspiration comme l’a toujours été pour moi.

Grace à la Tunisie j’écris, et j’irai publier mon huitième ouvrage. Comment ne pas lui être reconnaissant ?

Alfonso Campisi

Professeur à la Faculté des Lettres, université de la Manouba

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