Santé

Avoir un enfant après un cancer du sein

Octobre sera toujours rose en célébrant « le mois de la mobilisation contre le cancer du sein ». Dans ce contexte et au terme de ce mois, une note d’espoir à celles nombreuses d’ailleurs à avoir gagné le combat contre le cancer du sein. Mais quand une femme développe un cancer du sein dès son jeune âge, cela est perçu comme une fatalité.

En Tunisie, c’est le cancer le plus fréquent chez la femme de moins de 40 ans. Une femme sur 228 développera un cancer du sein avant 40 ans. De ce fait, juste après le diagnostic, une forte angoisse enveloppe tout de suite les patientes souvent célibataires et des questions occupent immédiatement leurs esprits : docteur pourrais-je me marier ? Pourrais-je avoir des enfants ? 

Pour en savoir plus et pour avoir des réponses, nous nous sommes adressés au Professeur Mohamed Badis Channoufi, gynécologue à l’hôpital La Rabta

Comment classer les cancers du sein ?

On les classe en deux catégories à savoir les formes de bon pronostic (petite taille, foyer unique, absence d’atteinte des ganglions) et des formes plus sévères de mauvais pronostics (survenant chez la femme jeune, type inflammatoire, grande taille, ganglions atteints…). Actuellement, le traitement chirurgical, la chimiothérapie et la radiothérapie sont bien codifiés d’où l’amélioration des taux de guérison après l’atteinte par ce cancer. Dans ce cas où cancer survient chez une jeune femme, il est nécessaire d’accorder beaucoup d’attention aux séquelles sexuelles et reproductives de ces traitements.

La chirurgie altère-t-elle la fertilité ultérieure ?

La chirurgie du cancer du sein ne touche pas les organes génitaux. On enlève la tumeur en essayant de conserver au maximum l’intégrité du sein et son esthétique, parfois tout le sein est enlevé. Cela altère certes l’image corporelle mais n’a pas d’effets directs sur la fertilité ultérieure.

Et la chimiothérapie, altère-t-elle la fertilité ultérieure ?

Oui. La chimiothérapie est un traitement médical administré par voie générale, agressif vis-à-vis des ovaires et entraîne souvent un arrêt des règles (aménorrhée). Il y a une variabilité inter-individuelle entre âge et dose cumulative dépendante. Cet arrêt est souvent réversible.

Ainsi, l’aménorrhée s’installe d’autant plus vite que la personne est âgée. Quand récupère-t-on une fertilité normale ?

50% des patientes de moins de 35 ans ont une reprise du cycle après chimiothérapie. 0-11% des patientes âgées de plus de 40 ans ont une reprise du cycle après chimiothérapie.

Y a-t-il un risque de la grossesse sur le cancer du sein ?

Depuis 1970, on connait l’effet promotionnel potentiel des hormones de la grossesse sur une femme ayant eu un cancer du sein. La grossesse n’aggrave pas le pronostic du cancer du sein.

Quand surviennent les récidives après le traitement du cancer du sein ?

La médiane de survenue des récidives locales est de 3 ans, 50 à 75% des métastases apparaissent dans les 2 ans et 85% au cours des 3 premières années.

Quel délai conseiller avant de programmer une grossesse ?

Lorsque la maladie est de bon pronostic, il ya un faible risque de rechute, à distance de l’hormonothérapie (Tamoxifène) : 2 à 3 ans. Quand la maladie est de mauvais pronostic : 5 ans, non pas parce que la grossesse modifie le pronostic, mais que le pronostic de base est péjoratif.

Comment évaluer la fertilité après un cancer du sein ?

Elle se fait par le gynécologue par des dosages hormonaux FSH LH et E2, AMH (représente la réserve de follicules quiescents) et par l’échographie vaginale à 3 jours du cycle.

Est-ce que le suivi est obligatoire en cas de grossesse ?

Un bilan d’extension avant conception est fortement conseillé. S’il y a une grossesse après un cancer du sein, le suivi de la grossesse elle-même ne présente pas de particularités. Pas d’indication de caryotype fœtal et l’allaitement est possible.

Il existe petite augmentation du taux de fausse couche fait d’un profil hormonal moins favorable au maintien d’une grossesse, car modifié par les traitements anticancéreux, chimio et radiothérapie.

Y a-t-il un danger pour le bébé ?

En cas de survenue d’une grossesse à distance d’une chimiothérapie, il n’a pas été rapporté de sur risque de malformations. Il n’y a donc pas de contre-indication à débuter une grossesse après la fin d’une chimiothérapie. La fertilité est conservée sous hormonothérapie, mais il y a un risque pour le bébé (tamoxifène). Ceci explique la nécessité d’une castration par analogue de LH-RH : temporaire et réversible.

Le mot de la fin pour rassurer les futures mamans ayant subi une chimiothérapie ?

La grossesse n’a pas d’effets délétères sur la survie des patientes. Il faut un délai raisonnable de conception de 2 à 3 ans avant d’envisager une grossesse. En définitive, la grossesse n’est ni contre indiquée ni interrompue lorsqu’elle survient chez une patiente traitée pour un cancer du sein et en rémission complète.

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