Billet d'humeur

Amine Gara a volé le rêve de ma sœur

Ce matin je viens d’apprendre que l’émission que ma sœur et son amie préparent depuis des mois, pour laquelle elles ont investi temps, efforts et argent, puisqu’elles en sont les productrices, les auteures et les actrices, a été volée par un animateur connu sur Elhiwar Ettounsi.

Le premier volet du projet usurpé a été diffusé hier sur ladite chaîne et le « rôle » que devaient camper ma sœur et son amie dans leur propre émission, a été « confié » à une chroniqueuse, avocate de son état.

Sonia Dahmani dans le rôle d’un éboueur

Je parle de vol et non de plagiat, au vu des circonstances de cette sordide machination, puisque c’est bel et bien Aicha Attia, qui, projet en main, pleine d’espérance et de détermination, heureuse à l’idée d’avoir sa propre émission, sa création nourrie de ses expériences, de ses attentes, de sa patience et de ses échecs aussi, alla remettre une copie 0 à la chaîne, dans l’espoir d’une éventuelle coopération.

Flairant l’originalité et donc la consistance du projet, Amine Gara, habitué aux programmes débiles et versant dans une médiocrité sans égal, eut l’appétit aiguisé et n’hésita pas à tout s’approprier jusqu’aux répliques! Sans aucun scrupule, ni peur, se sachant à l’abri de tout désagrément ou ennui puisque soutenu par un patron entouré d’une armada de consultants et d’avocats.

Je parle du vol qualifié d’une propriété intellectuelle qui est à mes yeux plus condamnable, plus vile. Vous me direz ces gens en sont loin. Ils ne connaissent rien à l’instruction, ni à l’éducation, encore moins au respect de l’effort et du mérite. Que la créativité pour eux, se limite à l’achat des droits de programmes européens ou américains, qu’ils calquent bêtement sur une réalité totalement différente, cherchant la célébrité et le calcul de l’audimat.

Que leur paresse intellectuelle, leur manque d’imagination ou de connaissance n’ont d’égal que leur désir incommensurable de donner l’illusion qu’ils ont des idées ou du talent à revendre… Je vous répondrai soit!

Vous me direz que ceux qui ont baigné dans la bassesse et les complots d’un système mafieux qui affichait un mépris pour les plus méritants et piétinait des valeurs telles que la valorisation, l’encouragement, la reconnaissance et le respect d’une jeunesse ambitieuse et désireuse de s’affirmer et de contribuer à l’essor de son pays, ont repris du poil de la bête et ne reculent devant rien, je vous répondrai: soit!

Vous me direz qu’un individu qui a mis la main dans la main d’un Trabelsi, qui a rampé à ses pieds pour avoir sa bénédiction et entrer dans ses grâces, qui a utilisé les moyens financiers, logistiques, et humains de la télévision nationale, pour réaliser ses feuilletons ramadanesques, a finalement bénéficié d’une totale impunité, et est même revenu au devant de la scène médiatique plus vorace, plus puissant qu’il ne l’a été, je vous répondrai : soit!

Oui.Soit! Car, aujourd’hui, plus que jamais, je suis convaincue que ce sont les médiocres, les minables, les abrutis, les vauriens, les proxénètes, les malfrats, les voleurs (de rêves qui sont les plus dangereux) qui tiennent les rênes de ce pays et qui infestent tous les domaines y compris artistique et culturel, et c’est le plus dramatique!

Et je mesure à sa juste valeur la douleur, la frustration, le dégoût, la haine, le désespoir de ces milliers de jeunes qui fuient un pays où les rats font la loi, qui mettent le feu dans un corps et un cœur abîmés, meurtris. Un pays qui tue ses enfants les plus valeureux. Un pays qui détruit le rêve et l’espoir, qui méconnaît l’ambition et la dévalorise. Pire qui l’enterre. Aujourd’hui, Les Pablo Escobar des médias font la loi.

Zeineb Ajroud

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